Iconz de la semaine : Alice Milliat

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Le samedi 22 septembre, la Ville de Bordeaux inaugure officiellement un nouveau gymnase en plein centre ville. Comme à Paris, Lyon ou Nantes, il a été décidé de lui donner le nom d’Alice Milliat. Mais qui est Alice Milliat  ? Une médaillée olympique  ? Une championne du monde  ? Une détentrice d’un record du monde  ? Rien de tout cela. Elle fut une opposante affirmée au supposé plus grand homme du sport français  : le Baron Pierre de Coubertin. L’objet de leur opposition  ? La place des femmes dans le sport. Le Baron a brillé par des déclarations telles  : «  Les Jeux Olympiques doivent être réservés aux hommes, le rôle des femmes devrait être avant tout de couronner les vainqueurs…  » (J.O de Stockhlom 1912).

D’Alice Milliat, on s’est peu de choses au final. Si ce n’est qu’elle est une des pionnières du sport féminin. Elle découvre le sport en Angleterre où elle enseigne pendant quelques années. Veuve très jeune, elle va se consacrer à la pratique du sport avec cette idée que les femmes sont toutes aussi capables que les hommes. Ce qui l’emmènera à créer, en 1917, avec les leaders du sport féminin, la Fédération des sociétés féminines sportives de France (FSFSF).

La Grande Guerre bat son plein et toute une génération d’hommes est massacrée sur le champ de bataille. A l’arrière, les femmes les remplacent dans les usines, les champs et font tourner le pays. Lorsque les combats prennent fin, elles exigeront d’obtenir plus de droits. Ce n’est sans doute pas anodin si les grandes heures de l’action militante d’Alice Milliat sont contemporaines de l’obtention du droit de vote des femmes, en Angleterre (1918 pour les plus de 30 ans et 1928 pour les plus de 21 ans).

Alice Milliat accédera, en 1919, à la présidence de la FSFSF qui regroupe les clubs féminins. C’est cette année qu’elle fera la demande au CIO d’introduire les épreuves féminines d’athlétisme au programme des Jeux olympiques. La réponse est sans aucune ambiguïté. Elle va dans le sens de celle de son président d’alors, le Baron de … «  Une Olympiade femelle serait impratique, inintéressante, inesthétique et incorrecte  ». La réponse de l’intéressée ne se fait pas attendre. Aidée d’amis, elle crée la Fédération sportive féminine internationale qui organise, en 1921 à Monte-Carlo, un meeting international où se rencontrent les représentantes de 5 pays  : France, Grande-Bretagne, Italie, Suède et Norvège.

Dans la foulée, la FSFSF et sa présidente vont lancer les Jeux mondiaux féminins dont les premiers auront lieu, en 1922 à Paris, devant une foule de 20  000 personnes. Suivront les éditions de Göteborg, en 1926, de Prague, en 1930 et celle de Londres en 1934. Face au succès de la première édition, l’IAAF (fédération internationale d’athlétisme) va lancer une commission chargée de réfléchir à l’organisation de compétitions féminines. Ce qui débouchera sur l’introduction d’épreuves féminines aux J.O. d’Amsterdam, en 1928. La date correspond notamment avec la démission du Baron du Comité international olympique (1896-1925). Ce dernier, après être retiré des affaires olympiques, ne s’est pas dédit en déclarant en 1935  : «  Je n’approuve pas la participation des femmes aux concours publics, ce qui ne signifie pas qu’elles doivent s’abstenir de pratiquer un sport, mais sans se donner en spectacle. Aux J.O, leur rôle devrait être surtout de couronner les vainqueurs  ».

Pour Alice Milliat, le sport n’était pas qu’un objet de militantisme institutionnel. Elle était une sportive accomplie qui a notamment à son palmarès d’être la première femme à obtenir le brevet Audax rameur 80 km, pour avoir couvert la distance en aviron à une vitesse déterminée. Elle a également pratiqué l’escalade, le hockey et la natation. Après l’échec financier des derniers Jeux mondiaux féminins de 1936, elle se retire. Son bilan de ces années de militantisme est plus qu’honorable  : Présidente du premier club féminin français (1915), Présidente de la Fédération des sociétés féminines sportives de France (1919), création de l’Equipe de France de football féminin (1920), création du Championnat de football féminin (1920), création de la Fédération sportive féminine internationale (1921)…

Éclipsée de l’Olympe sportif par son principal opposant, le Baron de Coubertin, Elle n’en demeure pas moins une héroïne du sport féminin qui a depuis 2016, une fondation qui maintient sa lutte pour la valorisation du sport féminin. Cette fondation présidée par la journaliste Christine Kelly se charge de la promotion du sport féminin e, créant notamment divers évènements sportifs féminins. C’est grâce à ses actions qu’a eu lieu ce coup de force notable  : un week-end de sport féminin sur les antennes des chaînes de tv. Alice Milliat a sans doute eu pour tort de se retirer de la vie publique et de ne jamais y revenir. Il y a quelque chose de très grand dans ce refus de la notoriété.

Plus d’un demi-siècle après sa mort, son histoire sort peu à peu des ténèbres grâce aux élus de certaines villes qui baptisent des enceintes sportives de son nom mais aussi grâce à la fondation qui porte son nom. A quelques mois de la Coupe du Monde féminine de football en France, les dirigeants de la FFF et/ou de la FIFA seraient inspirés de lui rendre un hommage digne de son parcours hors norme.


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