Iconz de la semaine : Colette Besson

Athlétisme, Stories
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Certains sportifs vont marquer l’histoire pour leurs exploits répétés. D’autres marquent l’histoire parce qu’ils ont l’heur d’être au bon endroit au bon moment. Colette Besson est de cette catégorie. Mexico, le 16 octobre 1968. Finale du 400 m. Elle devient (femmes et hommes confondus) la première championne olympique française sur cette distance. Elle est aussi la seule médaillée d’or en athlétisme pour le camp tricolore. Marie-José Pérec, 24 ans plus tard, sera la première à lui succéder.

C’est une succession de choses grandes ou petites qui ont permis à Colette Besson de devenir la sportive à avoir donné son nom au plus grand nombre d’établissements (sportifs et non sportifs) en France. Son histoire sportive aurait dû s’arrêter à plusieurs reprises avant le podium de Mexico. La faute à un conflit entre son entraîneur, Yves Durand Saint Omer, et la Fédé d’athlétisme. Les méthodes du premier ne convenant pas à la seconde. Son principal tort : avoir raison trop tôt.

L’histoire de Colette Besson est avant tout celle de la confiance d’une athlète à l’égard de son entraîneur. Une histoire débutée dans un petit club de Charentes Maritimes qui trouvera son apogée au Mexique pour une des éditions les plus marquantes des J.O. Tout commence comme dans un film. La petite Colette, lors de l’épreuve de sport de son certificat d’études, gagne le 50 m. Et en espadrilles. Un des profs présents lui demande si elle veut intégrer le club des Goélands à Royan.

Ce professeur, qui sera son entraîneur tout au long de sa carrière, a des méthodes qui détonnent pour l’époque. Il fait courir sa protégée sur différentes distances partant du principe qu’une athlète doit tout travailler et être capable de tout faire. Il contrôle tout. Prévoit tout. Change régulièrement de terrain (fumier, sable, chemins accidentés…) pour développer différentes qualités chez son élève. Elle lui voue une confiance sans limite et suis ses prescriptions à la lettre.

Entre un entraîneur et un entraîné, le lien de confiance est validé par les résultats. S’ils ne viennent pas à plus ou moins long terme, il est difficile de ne pas voir le doute s’immiscer dans la relation. Et quand on parle de résultats, il ne s’agit pas nécessairement de médaille mais déjà de voir une réelle progression dans la pratique. Hors Colette Besson franchit les étapes à vitesse grand V : premier championnat de France en 62 sur 50 m, vice-championne de France l’année suivante sur 150m à 17 ans.

Le 400 m est une course très difficile. Elle requiert beaucoup de puissance et de résistance pour maintenir la vitesse sur la distance. En 1964, Besson court son premier 400. Elle est encore loin des temps de la championne Olympique de Tokyo. Elle doit, en quatre ans, gagner 11 secondes sur la distance pour espérer égaler les performances de Betty Cuthbert, la tenante du titre. L’exploit semble d’autant plus difficile à réaliser à ce moment-là qu’elle plante tout pour rejoindre son amoureux de l’époque à Paris. L’histoire ne dure pas. Elle revient à Royan et retrouve son Professeur.

Elle fréquente le CREPS de Poitiers où elle va rencontrer Nicole Duclos sa future grande adversaire et surtout grande amie.

Elle ne parvient pas à obtenir son professorat de sport à cause d’un soutien-gorge récalcitrant qui l’empêche de valider son épreuve de natation condition sine qua none pour le valider. Même après son titre olympique, elle ne sera jamais professeure de plein droit. Ce qui lui vaudra un traitement de « faveur » du principal du collège où elle enseigne à l’époque de Mexico. Il refuse de la dispenser de cours les samedis et lundis matins afin qu’elle puisse se rendre à ses compétitions. Arguant du fait qu’un titre olympique ne changeait rien. Une certaine vision de l’égalité. Avant d’affronter l’autoritarisme d’un principal de collège, Besson a dû affronter d’autres épreuves qui auraient pu mettre un terme à sa progression voire à sa carrière.

Crédit Photo / Droit Réservé

A son retour de Paris, Besson ne vit que pour le 400m. Et ses efforts paient : elle remporte les championnats du Poitou en 66 et se qualifie sur la distance pour les championnats de France. Elle brille à cette occasion en finissant deuxième. Elle tape dans l’œil de tous ceux qui sont présents. Elle est conviée à un stage fédéral en vue de la préparation des championnats d’Europe à venir. Problème. Yves Durand Saint Omer s’y oppose. Ce n’est pas au programme. Pas de stage. Entre sa non-présence au stage et ses mauvais résultats sur des matches internationaux, Colette Besson n’est pas sélectionnée pour les championnats d’Europe.

Cette non-sélection est une blessure pour elle. Au point qu’elle décide d’arrêter. Fini l’athlétisme. Cette dissension entre un coach personnel et le système fédéral deviendra une grande spécialité du sport individuel français. Les grands perdants étant toujours les mêmes : les sportifs. Les exemples sont nombreux en athlétisme, en boxe ou en natation pour ne citer que ces disciplines. Un des plus célèbres ces dernières années fut celui qui opposa Philippe Lucas à sa fédération autour de la gestion de sa protégée Laure Manaudou. Cela a sans doute contribué à l’usure mentale de la championne.

C’est un écrivain Antoine Blondin qui va changer le destin contrarié de celle qu’il a surnommée la « petite Fiancée de la France ». C’est une chronique écrite dans l’Equipe pour qui il suit les championnats d’Europe qui va tout changer : « Pour ma part, je n’avais d’yeux que pour le couloir 5 qui était aussi vide que peut l’être un couloir lorsqu’il ménage entre les concurrents un chemin désertique et incongru. Là où aurait dû se trouver M lle Besson… la Fédération française a jugé opportun de la laisser à la maison la veille du départ, la renvoyant, précisément, aux délices balnéaires de Royan, dont elle est l’un des plus beaux ornements. M lle Besson ne connaîtra pas ce vibrant point d’orgue qui fait battre le cœur quand on débouche devant une tribune de 80 000 personnes. Elle ne connaîtra rien, que les musiques dérisoires qui blessent plus qu’elles ne bercent les côtes de sa Charente-Maritime. »

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Ce « forfait de Cendrillon », titre de l’article, va provoquer une vague de sympathie qui va infléchir la décision de «M lle Besson ». Retour sur les pistes. Son année 67 est très largement gâtée par les blessures. Les Jeux sont dans le viseur. L’année 68 doit être celle de Besson. Mais rien ne sera facile. L’entraîneur enseignera à Langon et son athlète à la Réole. Elle vivra chez les Durand Saint Omer et leurs deux garçons. Pas de piste sur laquelle travailler dans la commune, il faut migrer vers les installations du Bordeaux Etudiant Club (BEC pour les intimes). Cette institution du sport bordelais leur servira de port d’attache pendant la préparation olympique. Ils sauront aussi tirer parti des bois entourant la commune girondine.

Dans l’optique des Jeux de Mexico, le Gouvernement décide de créer un centre d’entraînement dans les Pyrénées : Font Romeu. Ce centre, désormais célèbre pour avoir accueilli nombre de sportifs en préparation pour de grandes compétitions, doit aider la France qui sort de deux éditions des Jeux avec un palmarès quasi vierge (0 médaille en 60 et 1 le dernier jour des Jeux en 64). Aux grands maux, les grands remèdes. C’est donc à 1850m que les équipes de France prépareront les Jeux. Le conflit entre la Fédé et l’entraîneur est toujours latent. Besson et Durand Saint Omer ne sont pas les bienvenus à Font Romeu. A quatre mois des Jeux, les performances de Besson sont très loin des meilleures sur la distance. Mais elle va bénéficier d’un petit coup de pouce du destin : Mai 68.

La grande contestation populaire qui bloque le pays va entraîner la fermeture des établissements scolaires. Étant tous les deux enseignants, l’athlète et son entraîneur décident de partir avant le début officiel du stage de préparation. Ils n’auront pas accès aux installations mais vont s’en arranger. Ils dormiront au camping et se faufileront pour accéder aux installations sportives. C’est avec une préparation digne de Rocky IV (courses en montagne, bains dans les eaux glacées d’un lac…) que Besson se bâtit une condition hors norme. Elle ne quitte sa montagne que pour briller aux championnats de France. Ce qui obligera la Fédé à la sélectionner pour les Jeux. A son retour dans les Pyrénées, les portes du centre de préparation pré olympique s’ouvriront enfin en grand pour l’accueillir comme n’importe quelle athlète.

Le conflit entre Durand Saint Omer et la fédé n’est toujours pas réglé au moment d’arriver au Mexique. Il est donc interdit de village Olympique. Il doit se loger par ses propres moyens. Mais peu importe, le régime auquel il est soumis, il doit tenir la promesse faite à la future « petite fiancée de la France » : lui faire courir la finale des J.O en 52 secondes. Il sait qu’elle peut le faire. Il y a sans aucun doute une part de revanche qui l’anime dans son désir de réussite : montrer à tous qu’il a les compétences et qu’il sait où il va. Les difficultés auxquelles il est confronté ne sont que des étapes vers un plaisir sans commune mesure. Il accepte donc de ne pouvoir assister aux séances avec l’équipe de France. Il trouve le moyen de rentrer là où il ne peut pas. Sans doute les restes de son passé de résistant pendant la guerre.

Mais le coach irrite et il restera encore une dernière épreuve à surmonter avant d’avoir le droit de défendre pleinement leurs chances pendant les Jeux : une lettre de la Fédé pour que le duo soit renvoyé immédiatement des Jeux. La veille de la cérémonie d’ouverture, il obtient in extremis le droit de pouvoir rester. Yves Durand Saint Omer réussit à convaincre le Colonel Crespin, en charge de la délégation olympique, d’arbitrer en leur faveur. Le Directeur Technique National, Robert Bobin, avec qui le conflit est permanent, finit par céder. Sans aucun doute sa décision la plus sage des Jeux.

Les Jeux débutent. L’ambiance à Mexico est particulière. Comme en France et dans beaucoup d’endroits dans le Monde, cette année 1968 est une année de révolte. Quelques semaines avant la cérémonie d’ouverture, le régime a fait tirer sur des manifestants. La Marseillaise du 16 octobre 1968 qui salue la victoire de Colette Besson ne peut que toucher les Mexicains qui comme beaucoup de Latinos voient en la France le pays de la Liberté. Mais ce n’est pas que le podium, la Marseillaise et les larmes qui vont faire que Besson va être adoptée par le Mexique. C’est sa finale. Complètement folle. « En finale, je me sentais tellement bien ! En sortant du virage, je voyais toutes mes adversaires qui souffraient, grimaçaient, tandis que j’avais des ailes. Je me demandais ce qui m’arrivait ! J’étais aussi été portée par les 80.000 spectateurs qui criaient en s’interrogeant : qui pouvait bien être cette jeune athlète qui dépassait tout le monde ? ». Le travail acharné a fini par payer : 52 secondes pour boucler le tour de piste, ce qui constitue alors un record olympique.

Crédit Photo / Droit Réservé

Le retour en France est triomphal. Colette Besson a droit à tous les honneurs. Elle est invitée à la table du Général De Gaulle qui lui avouera avoir versé une larme devant sa finale. Elle est l’héroïne française de ces Jeux de Mexico. Ses larmes sur le podium sont une des images fortes de ces Jeux pour la Nation Tricolore. Le pays va la fêter. Comme il se doit. Puis la fête va se terminer. Le retour à la réalité va être plus compliqué. Comme son entraîneur, elle aura à faire face à l’administration de l’Éducation Nationale qui se montre moins reconnaissante que le reste de la Nation. Sa gloire sportive s’étendra une année de plus avec un record du monde partagé avec son ancienne compagnonne de chambrée au CREPS. Ce 18 septembre 1969 au championnat d’Europe, elle finit deuxième sur la photo finish mais partage le record du monde. Elle est au sommet de sa carrière.

La suite sera beaucoup plus difficile. Une nouvelle séparation avec son mentor due à l’usure mentale née de l’extrême exigence de celui-ci. Mais Elle finira par retourner dans le giron de celui qui la connaît le mieux. Ils ont un nouvel objectif : la conservation du titre olympique à Munich. Mais les choses ne se passent pas comme prévu. Colette a cédé aux charmes d’un athlète anglais : David Bedford. Elle est heureuse. Mais ce bonheur n’est pas compatible avec la performance. C’est en tout cas ce que pense son mentor 1: « Elle a fait n’importe quoi avec Bedford, ils allaient boire des bières le soir dans Munich, elle mettait une perruque pour ne pas que je la reconnaisse. » L’aventure olympique s’arrête en quarts de finale. Sa carrière glisse tout doucement vers la fin. Et elle vers l’oubli. Elle en profitera pour se marier avec un ancien rugbyman rencontré lors d’une tournée au Togo. Ils ne se quitteront plus et fonderont une famille. Colette Besson verra sa gloire renaître suite à l’exploit d’une certaine Marie Josée Pérec qui 24 ans après elle gagnera l’or sur 400m à Barcelone. En dehors de cette parenthèse médiatique, elle poursuivra sa carrière de prof de sport jusqu’à sa mort en 2005. Et ne sera titularisée qu’en 2001… Cela en dit beaucoup de la considération pour le sport féminin.

Crédit Photo / Droit Réservé

Colette Besson a eu une carrière digne d’une étoile filante. Elle fut courte et très riche. Il ne s’est fallu de rien qu’elle reste une prof d’EPS parmi d’autres et que son talent n’éclaire jamais les pistes internationales. Comme quoi, le destin d’un champion ou d’une championne peut tenir à très peu de choses.

Colette Besson : il y a 50 ans, elle devenait championne olympique

 

Course 16 octobre 1968 Colette Besson

1L’Equipe du 19 octobre 2018


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