Iconz de la semaine: Suzanne Lenglen

Tennis

Pour le grand public son nom est celui du deuxième court principal des internationaux de Roland Garros. Avant cela, Suzanne Lenglen fut une joueuse de tennis. De celles qui laissent une trace durable dans les livres d’histoire. Elle cumule plus de titres, en sept ans de carrière amateure, que Federer et Nadal réunis… Les époques ne sont pas comparables et le sport n’est plus même mais…

Comment parler de Suzanne Lenglen sans d’abord évoquer les chiffres : 241 tournois gagnés entre 1919 et 1926. 81 en simple, 73 en double, 87 en double mixte et 3 médailles olympiques. Suzanne Lenglen est un être d’exception. Dans tous les sens du terme. Sa vie fut courte mais d’une intensité comparable à celle d’un Freddy Mercury ou d’une Amy Winehouse. Elle est sans aucun doute la première super star du sport. Les têtes couronnées se bousculaient pour la voir jouer ou juste pour lui décrocher un sourire.

L’histoire débute dans l’Oise en 1911. Son père lui offre sa première raquette pour qu’elle puisse s’amuser sur le court familial. Il sera son premier entraîneur. Le sport, et encore plus le tennis, est l’affaire de la bonne société. Le père Lenglen est rentier et a donc tout loisir de s’occuper de la carrière sportive de sa fille. La carrière de Suzanne est à l’image de sa courte vie : ultra rapide. Elle remporte dès 1914, le jour de ses 15 ans, les internationaux français sur terre battue. Tournoi qui deviendra plus célèbre sous le nom de Roland Garros après-guerre.

Crédit Photo / Suzanne Lenglen

La guerre met un coup de frein de s’ascension de la comète Lenglen. Sa famille est obligée de quitter la région picarde qui va devenir l’un des principaux théâtres du conflit. Le père possède une maison à Nice où la famille a l’habitude de passer l’hiver. Cette période va permettre de façonner le diamant brut qu’est Suzanne. Elle va se perfectionner avec son père et un professeur de tennis réputé : Joseph Negro. Elle va, durant le conflit, prendre l’habitude de s’entraîner avec des hommes. Ses partenaires de jeu sont notamment des officiers en permission ou retirer du champ de bataille. Elle développe ainsi le jeu qui sera sa marque de fabrique : un mélange de puissance physique et de maîtrise technique.

1919, Wimbledon, le tournoi qui lance vraiment sa carrière. Elle affronte en finale une vétérane (et oui, ça sonne bizarre aux oreilles mais c’est validé par Larousse) de 40 ans Dorothy Lambert Chambers. La dame culmine à 7 victoires dans le tournoi. Ce match va être marqué par un événement singulier : le père de Lenglen, la voyant faiblir après la perte du deuxième set lui envoie un flacon de cognac. Elle en boit une gorgée et ça repart. Suzanne finit par s’imposer dans un match qui n’a pu que marquer les spectateurs : 10-8, 4-6 et 9-7. Elle a même eu à sauver des balles de match dans le 3e set.

Credit Photo / Droit réservé

Entre 1919 et 1926, elle ne perdra qu’un match. Sur abandon… Son règne est sans partage. Seule la maladie a pu l’arrêter lors de sa seule participation à l’US Open. Le tournoi n’était pas prévu au programme lors de ce séjour US pour récolter des fonds pour les régions victimes de la Grande Guerre. Alors qu’elle a souffert lors du voyage d’un mal de mer persistant, elle doit faire face, dès le deuxième tour, à Molla Mallory quintuple vainqueur du tournoi.

Lenglen devient sur cette période la première sportive égérie d’un grand couturier : Jean Patou. Elle va révolutionner les mœurs du tennis en portant des jupes raccourcies (juste sous le genou) même si nous sommes loin des standards actuels. Elle va même jusqu’à se découvrir les bras. Et elle ose même la couleur. Une sorte d’Agassi avant l’heure. Comme elle gagne tout ou presque lui est pardonné.

Crédit Photo / Droit réservé

1926 marque un tournant dans la vie de la « Divine ». Elle joue en février la finale du tournoi de Cannes contre Helen Wills. Ce match suscite un engouement sans commune mesure à l’époque avec des journalistes venus du monde entier et toutes les têtes couronnées du Vieux Continent qui se bousculent pour y assister. Au prix d’efforts monstrueux, elle vient à bout de son adversaire. Quelques mois plus tard, elle gagnera face à Mary Browne la finale la plus courte de l’histoire des tournois du Grand Chelem en 27 minutes à Roland Garros. Un incident lors du tournoi de Wimbledon va mettre un terme à sa carrière amateure. Souffrante, elle refusera de s’aligner consécutivement simple puis en double. Les choses prendront une dimension particulièrement polémique car la Reine Mary est dans les tribunes pour la voir jouer. Suzanne est incapable de rentrer sur le court malgré l’intervention de son ami Jean Borotra (un des célèbres Mousquetaires qu’elle a tant inspirés). Ce dernier finira par présenter les excuses de la « Divine » à la Reine. Lenglen échappera à la disqualification. Mais face à l’accueil glacial du public lendemain, elle abandonnera le tournoi.

La vie de la championne prend un réel tournant. Elle se lance dans une carrière professionnelle et joue des exhibitions grassement payées aux Etats-Unis pour un promoteur. La Fédération Française la bannit. A l’époque, un sportif qui se respecte ne peut être payé pour sa pratique. Nous n’évoquerons pas l’amateurisme marron dans certains sports. Ce n’est pas le sujet. Les 8 dernières années de sa vie seront rythmées par des apparitions dans des publicités, des films et une carrière de styliste pour une grande maison de couture pour qui elle dessine des tenues de sport. Elle se consacrera aussi à l’enseignement du tennis avec son école de tennis : « Suzanne Lenglen, initiation au tennis ». Elle sera reconnue par la Fédération comme centre fédéral d’entraînement. En 1938, elle sera emportée à 39 ans par une leucémie foudroyante. Elle aura droit à des obsèques en grandes pompes en présence du Roi de Suède et du Premier Ministre Daladier.


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