J’ai découvert un autre aspect du basket : La pression

Basket-ball, Stories
Johan Passave-Ducteil

Jamais deux sans trois. Cette nouvelle partie consacrée au parcours de Johan Passave-Ducteil nous plonge à la fin de son aventure stéphanoise. C’est d’ailleurs à ce moment, que l’actuel pivot rémois découvre un autre visage du basket.

“Je pensais que le niveau pro B c’était fou. Quand on faisait des matches amicaux contre des équipes de pro A, je voyais la différence. Plus grand, plus costaud, plus physique, plus tactique…. Nous, c’était un peu plus sauvage. On essayait de s’en sortir. Il y avait des physiques différents. Et c’est là que j’ai pris conscience qu’il fallait que mon physique évolue car les impacts… il a fallu s’épaissir.

C’est là aussi où la NBA est vraiment entrée en compte pour moi… c’est devenu très sérieux. Je regardais, à l’époque, les mecs costauds de mon poste. Pas Shaquille O’Neal parce qu’il était hors norme. Mais les mouvements d’Hakeem Olajuwon de Houston (un des meilleurs pivots de la ligue), mais physiquement j’avais un idéal, et je voulais être comme Dave Robinson des Spurs. Je n’étais pas grand comme lui (2m01 contre 2m16). Mais le mec était tracé et costaud. Tu sentais qu’il émanait de la puissance. C’était pas le plus fort, mais tu voyais que lui, il en imposait. Après un peu plus récent, comme j’étais orienté sur la défense, c’était Ben Wallace. Mon coach me disait : ‘Si tu dois t’inspirer d’un joueur inspires-toi de lui’. Après c’était assez facile, tu laisses pousser les cheveux… (rires).


L’Euroligue en fil rouge

Dans cette année pro, c’était top. J’avais joué beaucoup de matches, tout le monde était satisfait. J’apportais de l’énergie. J’étais dans un rôle clair. Chaque année je prenais un peu plus de galons. Offensivement aussi, j’avais plus de responsabilités parce qu’il s’avérait que j’avais plus de facilités à marquer des paniers. D’abord tu te concentres sur ce que tu sais faire de bien, puis ensuite tu enrichis ta palette puis après tu te prends au jeu.

Je rêvais un peu de fac américaine, mais c’est venu sur le tard et j’étais déjà trop vieux. Comme je ne pouvais pas jouer en NBA, je me suis fixé un autre objectif. ‘Ce serait quoi le top à jouer en Europe ? Et le top, c’est l’Euroligue. Si tu n’as pas joué en NBA mais en Euroligue tu peux te dire que tu as joué dans la deuxième meilleure ligue du monde donc c’est bien. L’objectif ultime c’était de se dire que ce serait bien de la jouer. Donc ça c’était mon fil rouge ! Avant je voulais devenir un très bon joueur de pro B avant de penser à la pro A. Ce qui était bien, c’est que moi, je prenais mon temps. Je me disais toujours, ‘rappelles-toi d’où tu viens, c’est déjà bien ce que tu fais donc tranquille’. Quand j’y repense maintenant, si on m’avait dit tout ça, j’aurais signé.

Il m’arrive encore de sourire, parce que je me dis : ‘tu as préféré aller au foot, plutôt que d’aller à l’entraînement de basket… (rires).

Crédit Photo / ICONZ X Laurie Top


L’autre facette du basket

Sainté, j’en garde vraiment un bon souvenir, j’aurais toujours une affection particulière, car j’ai pu joindre mes deux passions. J’étais pote avec Mohamadou Dabo, et j’allais souvent voir les matches de l’ASSE. Découvrir le chaudron, m’approprier cette ville, car je suis parisien mais mon coeur est stéphanois. C’est là-bas que je suis devenu un jeune homme : mes amis, mes premières sorties…

Au sein du club, il y avait de vrais objectifs mais pas forcément les structures nécessaires. Surtout j’ai découvert un autre aspect de mon sport… ‘Je me suis dit le monde pro c’est cruel.

Quand on utilise, le terme ‘mercenaire’ pour des joueurs, moi j’y crois. Exemple, j’étais en jeune, on avait la possibilité d’accrocher les play-offs. Sur certains matches, j’ai vu des joueurs ( je ne citerai pas de nom), qui par intérêt ont volontairement baissé leur niveau de jeu ou même pris le club en otage. Quand tu as des joueurs en fin de contrat, qui font une très bonne saison mais qui ne veulent pas se blesser…. Bref c’était une face de mon sport que je ne connaissais pas et qui m’avait choqué ! J’ai vu mon coach avoir ‘les larmes aux yeux’. On avait de bons résultats mais les mecs levaient le pied exprès… Tu peux avoir des objectifs mais ceux qui ont les clefs ce sont les joueurs.

Au basket, il y a l’esprit collectif mais… tu as les stats individuels et c’est ce qui te fournit ton contrat. Si les résultats de l’équipe sont bons mais que tu noircis pas les colonnes de tes stats, lors de la négociation de ton contrat on va te dire : ‘tu prends pas trop de rebonds, ou tu ne fais pas ci ou cela…’

Pour moi, le basket c’est le plus individuel des sports collectifs. Le foot a changé car avant on ne parlait pas de tes stats maintenant tu as des chiffres pour tous les postes… Le basket a toujours été comme ça. ‘Je prends pas tel joueur parce qu’il prend pas assez de rebonds, je prends pas celui-ci parce qu’il shoote pas assez…’ Tu comprends que la valeur dépend de ces stats. J’ai appris tout ça au moment de ma renégociation de contrat après mes trois années à St-Etienne puisque je suis devenu avec un autre français, à l’âge de 24/25 ans, le deuxième plus gros salaire du club. Parce que j’étais en position de force pour pouvoir négocier. Mais cette situation met des tensions surtout quand tu as été LE jeune du club. Quand j’étais en Espoir pro je gagnais 500 euros, après 800 puis ensuite 1200 avant de monter à 3500 euros.

Les stats sont importantes car à la fin de la saison, tu prends tous les joueurs à ton poste afin de savoir comment te positionner pour négocier ton contrat.  D’ailleurs, les salaires de basket sont affichés. Ce n’est pas un tabou. Moi je le prenais toujours comme un objectif et surtout j’avais toujours ma blacklist (rires). Quand je rencontrais un joueur, je me disais, ‘lui il prend ça donc si je le bat peut-être que je vais avoir ça’.

C’est là que j’ai vu que le basket, ça me dévorait. Je me fixais trop d’objectifs. ‘Si je veux ça, il faut que j’ai ça… Bon là tu vas avoir 25 ans, il faut qu’avant 28 ans tu joues en première Division‘. La pro A, le classement, mes adversaires… je regardais tout ! Et c’est là où je me suis dit, ‘Tu es piqué’. J’avais toujours ma passion du foot mais je commençais par être pris par le basket.


L’arrivée à Limoges

Quand je suis parti de St-Etienne, mon premier mercato, je débarque à Limoges, premier club français à avoir été champion d’Europe en 1993. Avec St-Etienne j’avais l’objectif de faire monter le club en pro A.

Sur notre route on a croisé Limoges, en les battant, on s’offrait le droit de jouer contre Besançon, l’épouvantail du championnat, en finale. On a battu le CSP à domicile et à l’extérieur, chez lui à Beaublanc. Mon premier match dans cette salle, je ne l’oublierai jamais car j’avais fait un match de fou. J’étais possédé. Il y a pas beaucoup de salles en France, mais à Beaublanc tu sens les frissons. Cette salle pue le basket. À la fin de la double confrontation, c’est Fred Forte, paix à son âme (décédé 31 décembre 2017, ndlr) qui est venu me chercher. Il me dit : ‘Passave ? Très bon joueur’.

Si j’avais su que deux semaines après j’allais l’avoir au téléphone et signer là-bas.

Mais j’étais dans mes play-offs. Face à Besançon, ce fameux match où je me fais exclure au bout de 5 minutes de jeu. Un joueur adversaire à provoquer une bagarre. Il m’a mis une claque. J’ai voulu lui en mettre une sauf que l’arbitre a seulement vu le moment où je lui ai rendu. Je me suis senti lésé, l’histoire a été très loin. L’arbitre a dû me faire des excuses sauf que sportivement, on a perdu le match à la fin. J’étais devenu un joueur super important pour le groupe, on avait pas un gros effectif. Surtout que j’avais commencé le match par un gros contre et un gros dunk dès le début de la rencontre, c’est pour dire que j’étais bien parti. Pour les play-offs, j’étais en mode NBA.

Finalement mon aventure stéphanoise s’est terminée comme ça, j’étais un peu frustré. Par contre durant l’été quand j’ai eu monsieur Forte au téléphone, et qu’il m’a dit, ‘on veut te prendre’, tu te dis : ‘la classe’. Porter le maillot avec l’étoile, c’est vraiment une fierté que j’aie dans ma carrière. C’est d’ailleurs là-bas que mon appétit des trophées est né. Avec Sainté on voulait se dépasser mais sportivement on pouvait pas se dire  : on veut être champion. Mais là j’arrivais au CSP. Chaque année, tu joues un titre. C’est que j’ai apprécié et c’est là aussi que j’ai découvert un autre aspect du basket : la pression. Ooooh !

La pression des supporters, des dirigeants, des agents… Plus j’évoluais, plus je découvrais des aspects positifs et négatifs (ex : la concurrence pas forcément saine, les magouilles…) de mon sport. Tu as des joueurs, dans ton propre effectif, qui cherchent pas forcément à te blesser mais s’ils peuvent le faire, ils ne vont pas se gêner. À Sainté, c’était une atmosphère familiale, c’était ‘un pour tous et tous pour un’ ! Au CSP c’était un peu ça, mais avec si je peux te descendre… Surtout que je suis arrivé là-bas avec un statut, une cible dans le dos. Il a fallu gérer !

Quand j’ai débarqué, j’ai eu droit à une présentation de footballeur : le maillot, le prési, le coach, conférence de presse, tout… C’était magnifique, et en plus c’était de la deuxième division. J’étais présenté comme le nouvel élément français qui allait pouvoir aider le club à monter en première division. On avait un objectif clair, c’était gagner les play-offs pour devenir champion et monter. Et j’avais deux ans pour ça. Grosse pression. D’autant plus qu’à l’entraînement, les coéquipiers ne me faisaient pas de cadeaux. Il fallait aussi demander à ma femme, qui était à l’époque ma copine de me suivre à Limoges, c’était pas facile. Quitter son boulot etc… dans une ville mal desservie… Compliqué ! Un peu comme ma pré-saison. Deux, trois semaines avant le début de saison, première blessure !

Crédit Photo / ICONZ X Laurie Top


Première blessure, premiers doutes

Fracture du 5e métatarse du pied gauche. Cette blessure ne m’a pas aidé. Elle arrivait au mauvais moment. J’avais un statut, j’étais starter. Le club devait aussi trouver un joueur français à peu près de mon calibre pour me remplacer. Juste avant le début de saison, ça court pas les rues.

Donc ça voulait dire que j’étais devenu quelqu’un c’était flatteur. De mon côté, il a fallu que je me fasse oublier. Quand tu es blessé, tu es sur le côté. Et ça c’était un truc difficile à vivre. C’était la première fois que j’étais arrêté. J’étais privé. Mon corps m’avait lâché. Je m’étais beaucoup préparé pour arriver au sein de mon nouveau club. Le CSP, c’est pas Sainté, les exigences étaient encore plus hautes. Et je pense que cet été-là, j’en ai trop fait. J’avais pris un préparateur physique sauf que le coach que j’avais c’était un préparateur physique. Donc je n’avais pas besoin.

Il faut toujours se reposer. On a deux mois. Tu as tout juillet et mi-août. Tu peux pas ne pas faire un break comme j’ai fait. Il y avait beaucoup trop d’excitation. Sur Paris, tout le monde m’en parlait et me disait : ‘je vais venir te voir’. J’ai jamais eu autant de personnes qui ont le déplacement à Limoges alors que pour aller à Sainté, le TGV était direct. Limoges, pour y aller c’était beaucoup plus compliqué. Mais tout le monde était obsédé par Beaublanc. On était sponsorisé Adidas… bref du lourd. Même mon petit frère, que je surnomme, le ministre du 13ème est venu me voir. Pourtant, le gars ne se déplace pourtant jamais.

Beaucoup d’effervescence de ma famille sauf que j’étais frustré parce que je ne jouais pas. Donc viennent les premières questions. Tu réfléchis beaucoup sur toi-même. Tu te dis, s’il y a plus de basket, tu fais quoi ? Ton corps il t’a lâché une fois, il peut te lâcher une seconde fois… “


Johan Passave-Ducteil

Johan Passave-Ducteil, est un joueur français de basket-ball. Il évolue au poste de pivot pour le club de Chalon Reims Basket

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