Marius Trésor, la légende – Partie 1 / 3

Marius Trésor
Crédit Photo / Droit Réservé

Selon le Larousse, une légende est « Représentation embellie de la vie, des exploits de quelqu’un et qui se conserve dans la mémoire collective ». Cette définition colle tout à fait à ce que représente Marius Trésor dans l’imaginaire collectif des amateurs de football aux Antilles, en Métropole et même en Afrique. Lui se voit comme un joueur de football qui a réussi une honnête carrière quand d’autres voient en lui un pionnier qui a ouvert la voie à toute une génération de joueurs noirs en Equipe de France. Pour d’autres, il est le héros de Séville. Nous ne choisissons pas comment nous influençons les autres.

Retrouvez ici la premère partie du récit de Marius Trésor

 

Un des premiers joueurs noirs emblématiques en France 

Je dois être béni des Dieux parce que tout au long de ma carrière, je n’ai jamais eu de problèmes à cause de la couleur de ma peau. Sur un terrain de football, cela m’est arrivé une seule fois. C’était un match à Angoulême avec Ajaccio, lors de la saison 70-71. A un moment l’avant-centre me parle de la couleur de ma peau. Comme on gagnait 3-0, je l’ai regardé et j’ai rigolé. C’était ma deuxième saison en Corse, je jouais stoppeur et lui avant-centre. J’avais pour consigne de ne pas le lâcher. Et c’est la seule fois où on m’a parlé de la couleur de ma peau. Pour moi, cela a toujours été secondaire. »

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Premier Antillais capitaine de l’Equipe de France

« Quand je suis devenu capitaine de l’Equipe de France, pour moi c’était le choix de Michel Hidalgo. Cela n’a rien changé dans ma façon de me comporter sur le terrain parce que j’avais déjà été capitaine d’une grande équipe : l’Olympique de Marseille. Quand Michel Hidalgo est devenu sélectionneur, nous étions trois anciens avec Henri Michel et Jean-Marc Guillou. Son choix s’est porté sur moi. On a discuté avant le match France-Bulgarie 76 et il a dit aux joueurs que le capitaine pour ce match-là serait Marius Trésor. Et tous les joueurs ont applaudi. On ne peut pas dire que cela a changé quelque chose dans ma façon de me comporter en tant que footballeur. J’ai vu l’importance que cela a pris en partant en vacances aux Antilles, où les gens me regardaient d’une autre façon parce que j’étais devenu capitaine de l’Equipe de France. Mais à titre personnel, cela n’a rien changé dans ma façon d’être.”

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Un pionnier ?

« Non, non. Moi, je jouais au football. C’est tout. Mais je me souviendrai toujours d’une anecdote avec l’Equipe de France 98 championne du monde. Les Girondins ont joué un match amical pour une fondation[1] dont le parrain était Bixente Lizarazu. A cette époque-là, j’étais superviseur du FCGB et il y avait Thierry Henry, Marcel Desailly, Lilian Thuram, Bernard Diomède, Christian Karembeu. Et ils sont tous venus me féliciter. J’étais un peu gêné parce que s’il y avait des gens à féliciter, c’était eux : ils étaient champions du Monde et d’Europe. Ils m’ont dit bravo parce que pour eux j’avais ouvert la voie. Pour moi ce sont leurs qualités qui les ont amenés au titre de champions du Monde. »

« Non, ce n’est pas que je le minimise. C’est que je vois la chose comme je la ressens. J’ai choisi le football mais j’aurais pu faire de l’athlétisme. J’étais cadet et je courrais le 80 m. J’aimais être sur une piste d’athlétisme mais je me retrouvais la plupart du temps seul avec l’entraîneur. Et je ne vivais pas bien d’être le seul à courir. Comme depuis l’âge de 7-8 ans, je m’amusais au foot avec mes amis, je me suis dit que c’est ce sport-là que je veux faire. Et quand je suis arrivé en Corse, je ne m’attendais pas à devenir professionnel ni international. Pour moi c’était un moyen de quitter la Guadeloupe pour connaître autre chose. Dieu a voulu que cela se passe bien pour moi. Quand on voit la façon dont je suis devenu défenseur, je me dis que si j’étais tombé dans un club sur le continent avec un budget plus important, on n’aurait jamais entendu parler de Marius Trésor. C’est ma façon de voir les choses. »

Un joueur comme un autre ?

 C’est ce que j’ai été.

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Décalage énorme entre sa perception et la façon dont il est vu :

« Je ne peux pas vous expliquer. J’ai toujours vu la vie du bon côté en essayant de profiter des bons moments. Et en essayant d’oublier les mauvais. Parce que j’en ai eu pas mal aussi. Comme en 77, à Marseille où je me suis fait opérer d’un simple déplacement du bassin. C’est à partir de là qu’ont commencé tous mes ennuis physiques. J’arrive à Bordeaux et au bout de 3 mois, je dois me refaire opérer une première fois pour une hernie inguinale puis pour une pubalgie. Et après 3 ou 4 opérations du dos. On se dit qu’il y a de quoi tout balancer. Mais j’ai continué à avancer. J’ai toujours, en étant sur un terrain de football, pensé qu’à une seule chose : m’amuser. Je n’ai jamais considéré le football comme étant vraiment un métier. Si je ne prenais pas du plaisir sur un terrain, je me disais ce n’est pas la peine de continuer. Parfois après une grosse claque comme on en a connu une avec Marseille en Champions League, qui s’appelait encore la coupe des clubs champions, on a envie de tout plaquer. On avait gagné 2 à 0 au match aller et on a perdu 6 à 0 au match retour. Et puis, on se dit que cela arrive, que l’on n’est pas tout seul et on se remet à travailler encore plus pour être performant.

Quand je regarde ma carrière, on me dit que j’ai fait-ci ou j’ai fait ça, mais j’ai été champion de France une fois avec Bordeaux lors de ma dernière saison et vainqueur de la Coupe de France avec Marseille. J’ai participé à deux coupes du Monde avec l’Équipe de France. 78, on est éliminé au premier tour et 82, on finit quatrième. Vous savez la plupart du temps on retient ceux qui gagnent. »

  

 

[1] Match de bienfaisance “Pour une mer en Bleus” destiné à réhabiliter et protéger le littoral atlantique souillé par le naufrage du pétrolier Prestige, le 16 novembre 2003 à Bordeaux.
Marius Trésor Écrit par :

Marius Trésor, né le 15 janvier 1950 à Sainte-Anne en Guadeloupe, est un footballeur international français. Il évolue au poste de libéro du début des années 1970 au début des années 1980. Il est considéré comme un des meilleurs défenseurs français de l'histoire. Il a joué à Ajaccio, Marseille et Bordeaux.