« Le monde pro ? J’ai pris une sacrée claque ! »

Basket-ball, Stories
Johan Passave-Ducteil

De son arrivée chez les espoirs à Saint-Etienne à ses premiers pas dans le monde professionnel, Johan Passave Ducteil a remonté le temps pour livrer quelques savoureuses anecdotes sur son évolution dans le milieu de la balle orange.

Crédit Photo / Droit Réservé

« J’ai eu une dernière opportunité avec St-Etienne. Ça a tout de suite matché avec l’assistant coach, Fabien Romeyer. Dès qu’on m’a dit ‘oui’, il fallait que je parte tout de suite. Il fallait que je parte à Saint-Etienne. À ce moment-là, quand je suis revenu des détections à l’été 2003, je n’étais pas encore majeur (né le 13 juillet 1985), il fallait que ce soit ma mère qui signe, et qu’elle décide de me laisser partir. C’était compliqué, on a discuté, elle m’a dit que ce serait bien pour moi, qu’il fallait que je pense à moi. Je signais en espoir et j’étais en même temps ‘professionnel’. À la fin de l’été je suis arrivé dans le Forez. Là-bas, j’ai joué pendant cinq ans, même six si on compte l’année espoir.

Un difficile apprentissage

Concernant l’adaptation, je n’aime pas raconter cette histoire mais ça me fait rire. Avec mon premier salaire, sans même me soucier de payer mon loyer, l’eau et l’électricité parce que ce sont des choses, auxquelles je ne faisais pas trop attention, je me suis acheté une playstation (rires).

Donc le gars, il arrive à Sainté, il a même pas encore payé son loyer machin… et la première chose qu’il fait c’est d’acheter une console de jeux. À la fin du mois, je me retrouve à appeler ma mère : ‘Maman, j’ai plus de sous mais j’ai acheté une play…’ Ça c’était incroyable !
L’adaptation a été très difficile. Il y a eu beaucoup d’apprentissage avant de m’en sortir. J’étais tout seul, donc gérer de l’argent, à part de l’argent de poche, je ne savais pas faire. J’ai appris avec mes frères à me débrouiller, à faire à manger par exemple parce que ma mère est aide soignante… Mais le pouvoir d’achat c’est important.

Quand je suis arrivé à Sainté, on m’a accueilli à la gare, on m’a dit : ‘il faut que tu prennes tel appartement’. On m’a expliqué comme tout allait se passer, mais je ne connaissais personne. J’étais tout le temps au téléphone que ce soit avec ma mère, mes frères ou mes potes. Il a fallu que j’ouvre un compte car je n’en avais pas… J’ai appris toutes les choses de la vie mais en vitesse accélérée. Je n’avais pas anticipé parce que je n’avais peut-être pas prévu.
J’avais des responsabilités sur Paris en tant que grand frère, j’étais dans mon confort, mais là pour le coup, j’avais pris une sacrée claque. Là où j’ai pris une énorme claque, c’était physiquement. Avant j’étais grand et maigre, mais le fait de passer à trois entraînements et à t’entraîner tous les jours avec l’effectif pro et dans ta catégorie d’âge (tous les entraînements avec les pros ainsi que trois entraînements supplémentaires avec sa catégorie d’âge) ça m’a changé.
Sans oublier le lycée dans lequel figuraient plusieurs joueurs de l’ASSE dont Mouhammadou Dabo qui était dans ma classe et avec qui j’ai très vite sympathisé.
Mais au sein ce lycée que j’avais intégré en l’alternance, j’ai vite vu que le traitement n’était pas le même entre les footballeurs et les autres sportifs.

Crédit Photo / ICONZ X Laurie Top

À cette période, j’ai eu de la chance dans mon équipe espoir de faire la rencontre de Benjamin Gauthier qui avait un peu plus d’expérience que moi puisqu’il est né en 1983. C’est comme mon grand frère. Il avait un peu vécu la même chose que moi donc il m’a un peu accompagné.

La préparation physique m’a fait comprendre que je rentrais dans le monde pro. Je n’avais jamais vu de préparation physique de basket. J’avais une image assez soft de ça, un peu à la cool par rapport au football.
Et il y a pas un soir où j’ai pas appelé ma mère en lui disant : ‘Ouais j’ai vomi…’ C’était compliqué. Je me dépouillais mais à la fin j’étais vidé. On faisait 5x800m, 5x400m, 5x200m, 5x100m, 5x50m. 5x25m… Ça c’était le matin. Ensuite, il y avait la salle… J’ai découvert la musculation. Au delà des pompes et des abdos, ma première barre de muscu, je ne savais pas si j’arrivais à soulever plus de 50 kilos.
Le monde pro ? J’ai pris une sacrée claque !

Trouver sa place

À côté de ça, il y avait une espèce de compétition, par rapport aux pros. Quand tu es jeune, tu dois toujours être devant. Tu étais challengé. Si je peux me permettre, tu en chiais ! Mais je me disais, là, les mecs ne sont pas là pour rigoler avec toi ! Tu as des rires un peu avant, tu as des rires un peu après, mais pendant, tu n’as pas de potes. On était 12, je ne me considérais pas comme un pro mais je me disais, il y a une place à prendre. Pendant les entraînements, chacun se battait, c’était à la vie à la mort ! Il faut que tu t’imposes aussi physiquement, pour te faire accepter.

C’est là où tu noues tes premiers liens avec des joueurs pros, qui te donnent des conseils. Tu regardes qui est à ton poste, comment il fait, t’essayes de faire comme lui… J’étais un peu fasciné mais ça a été brutal.
J’ai intégré le groupe pro à la fin des matches amicaux, lorsque la préparation s’est terminée. Ils étaient satisfaits de ce que je faisais alors que moi j’avais toujours l’impression d’être à la traîne. Je faisais tout à fond, donc le truc qu’ils aimaient, au-delà du fait que j’arrivais pas faire certaines choses, c’est que je ne me posais pas de questions. Je me donnais, je ne comptais pas. Le coach de l’époque, Alain Thinet, m’a dit : ‘Écoutes, concentres-toi pour l’instant sur un truc, cours et prends des rebonds’. Facile. Et avec l’assistant, j’avais, en plus des entraînements, des ateliers dribbles, main droite, main gauche, hook, marquer près du panier… je ne faisais rien en dehors de la raquette. Ça me faisait de sacrées journées….

Crédit Photo / ICONZ X Laurie Top

Je me rappellerai toujours de mon premier match amical. Je n’ai pas joué, je n’ai fait que regarder. Il y a un moment, où je n’ai pas regardé la plaquette sur un temps mort. Le coach principal, je pensais qu’il ne s’occupait pas de moi et pourtant à la fin de la rencontre, il est venu me voir et m’a dit : ‘Tu es la pour apprendre quand tu es là, sur les temps morts, je veux que tu te concentres’. Je ne comprenais pas pourquoi il me disait ça. Et c’est là où je me suis dit : ‘l’exigence !’. Un moment de relâchement, et bien il l’a vu.
C’est quand même incroyable ! Tu te dis que tu es le jeune, le coach, il s’en fiche de toi, mais non ! Le seul moment où j’ai tourné la tête, il me l’a reproché.
Lorsque tu es jeune, il faut toujours savoir ce qu’il y a sur la plaquette. Tu peux rentrer à tout moment, et il faut que tu sois prêt.

Le travail paie

J’ai fait mon premier match espoir, et c’est là que, j’ai senti la différence, par rapport à l’époque où je jouais sur Paris. Rien que le fait de t’entraîner tout le temps avec les pros, j’avais déjà beaucoup plus de sérénité. Je pouvais pas non plus faire trop de choses, mais j’avais plus d’aisance. Donc du coup le coach espoir, me disait : ‘Tu vas avoir un rôle majeur dans cette équipe, quand tu seras prêt je te le donnerai. Pour l’instant, concentres-toi à faire ce qu’on fait lorsque tu es avec les pros.’ Donc je courais, je prenais le rebond, j’essayais de marquer. Parfois j’étais maladroit, mais c’était beaucoup plus facile parce que forcément, je jouais avec des gars de mon âge.

Crédit Photo / ICONZ X Laurie Top

Pour résumer ma première année pro, j’ai eu la chance de disputer 12 matches, où je suis rentré sur des bouts de matches. Et j’ai réussi à marquer mes deux premiers points. En espoir, j’ai fini meilleur marqueur avec un autre joueur, car au fil de l’année j’ai bien progressé. À la fin de cette année, ce qu’il se passe, c’est que dans le basket français il y a beaucoup de changements. D’une année à une autre, ils peuvent changer les règlements. Donc tous les centres de formation de seconde division ont été dissous. Je ne sais pas pourquoi, mais c’est tombé comme ça. Ça a été une belle aubaine pour moi puisque, le club avait un choix entre me garder en me signant en tant qu’espoir pro ou me laisser partir et que j’aille me trouver un autre club. Ça leur a un peu mis le couteau sous la gorge. Mes agents leur ont dit : ‘Jo, on peut vous le proposer en pro mais il faut que vous le preniez sur plusieurs années. On peut faire un contrat évolutif, comme ça, ça lui permettra de se projeter. Et si vous pensez qu’il peut être pro, il faut le signer’. À la fin de cette saison, je suis rentré à Paris, j’étais avec ma mère, on a attendu que le téléphone sonne. Finalement, on m’a dit que j’allais être à Sainté pendant au moins trois ans. Tout le monde était content. On me surnommait d’ailleurs, le stéphanois. C’était compliqué mais j’avais réussi mon premier objectif. J’étais devenu pro ! L’année d’après, je suis passé d’espoir à pro et j’ai fait pleinement partie de l’effectif pro ».


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