Le sens du sacrifice

Christopher Patte

Christopher Patte est un athlète du pentathlon moderne de 28 ans. Membre de l’Equipe de France depuis 2006. Son ambition: monter sur le podium aux JO de Tokyo, en 2020. Il nous parle de sa passion pour sa discipline, des difficultés à vivre de son sport et son retour à la compétition de haut niveau.

 

L’entraînement
C’est étrange l’image que projettent les sportifs de haut niveau, dans l’esprit du grand public. Souvent, quand je parle de ma carrière de pentathlète (moderne), de ma présence en équipe de France, depuis 2009, et de mes ambitions, les gens s’imaginent que je vis très bien de mon sport, que j’ai une vie assez facile. Peu sont ceux qui me demandent combien d’heures à la semaine je me prépare et les sacrifices que je dois faire. C’est seulement quand ils comprennent que je m’entraine 35 heures par semaine et qu’il faut, à ça, ajouter les heures de soin et de récupération, que la question se pose : « Ah, mais c’est plus qu’un emploi à temps plein ! Et, tu gagnes bien ta vie ? » Non, je ne gagne pas bien ma vie. D’ailleurs, je ne vis pas de ma passion qui est, accessoirement, mon métier. Mais c’est un choix de vie que j’ai fait.

Il faut le reconnaître, pas grand monde ne sait ce qu’est le pentathlon moderne. La plupart pense qu’il s’agit d’une épreuve de l’athlétisme…

Le pentathlon moderne est composé de 5 sports : Il y a l’escrime, la natation, l’équitation et le combiné, qui associe le tir et la course à pied. Chacune de ces épreuves a une spécificité. Pour l’escrime, c’est l’épée. Nous affrontons tous les adversaires (36 en finale), en une minute à une touche. En natation, il s’agit d’un 200m nage libre, en bassin de 25m ou bassin olympique de 50m. En équitation, le cheval que nous monterons est tiré au sort et nous avons 20 minutes pour nous familiariser, ainsi que 5 sauts d’obstacles, avant de passer l’épreuve qui comporte des obstacles entre 1,10m et 1,30m. Le combiné, l’épreuve finale, commence par un handicap start, un départ échelonné qui dépend du nombre de points de l’athlète. Nous courons 4x800m et entre chaque 800m, nous avons 5 cibles, placées à 10m, à abattre au pistolet.

C’est un sport militaire, à la base, qui, plus spécifiquement, retrace le parcours d’un messager qui devait savoir manier les armes, pour se défendre (tir et escrime), nager, courir et monter à cheval, pour porter son message. Les 5 épreuves se font en une seule journée.

Crédit Photo / Iconz X Annabel Polly

Ce qui me plaît beaucoup dans le pentathlon moderne, c’est qu’il s’agit d’un sport à maturité tardive car il est composé de deux épreuves physiques (natation et course) mais également de trois épreuves techniques, pour lesquelles il n’y a pas de limite d’âge ou physiques.

Je l’ai d’abord choisi, à 14 ans, pour sa diversité. À la base, j’étais nageur, avec un niveau intéressant au niveau régional, et j’étais en club d’athlétisme (plutôt sur du 3000 ou du 5000m). Je rêvais d’intégrer la filiale Sport étude, dans un sport composé. Je me suis donc intéressé au triathlon . Mais, le pentathlon moderne est venu me recruter et me proposer d’intégrer le Sport étude, 4 mois après. Je ne savais pas tirer, ni faire d’escrime et encore moins monter à cheval. Grâce aux horaires aménagés, la structure, et une grosse dose de motivation, j’ai appris assez rapidement. Et je suis tombé amoureux du pentathlon !

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Au-delà du fait d’être un sport composé, ce que j’aime dans mon sport, c’est qu’il y a toujours des choses à apprendre. Que ce soit dans la réussite, comme dans l’échec. En plus, il y a cette part d’inconnu, notamment en équitation, qui t’oblige à rester en état de veille constante. Car, même si en cas de contre performance on doit rapidement se tourner vers l’épreuve suivante, une erreur en équitation peut coûter quelques secondes de handicap pour le combiné ! D’ailleurs, cette capacité à rapidement passer à autre chose me sert au quotidien, dans la vie de tous les jours.

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La pratique du pentathlon implique également de développer une capacité d’adaptation importante. Et plus j’acquiers de l’expérience, plus je me rends compte que ça m’aide dans la vie de tous les jours. Aujourd’hui, comme dans mon sport, je vois la vie non pas comme un chemin tout tracé, mais plutôt comme une trame sur laquelle nous apportons les différentes variantes.

En terme d’entrainements, je travaille sur un rythme bi ou tri-quotidien, avec des séances le matin et l’après-midi. En début de saison, l’objectif est de travailler le foncier, la « caisse », puis, plus tard, à mesure que se rapproche la période de compétition, il s’agit d’affiner la technique et rechercher le geste précis, la technique adéquate.

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À l’épée, par exemple, je me focalise avec le coach (Gauthier Grumier, double médaillé aux JO de Rio, NDLR) sur le positionnement et sur la série défense/contre-attaque.
Les pentathlètes, nous avons la chance de pouvoir nous entraîner à l’INSEP. Au quotidien, nous nous entrainons avec des champions sur épreuves individuelles, tels que Gauthier, pour l’épée, ou Stéphane Caristan qui nous aide à travailler notre technique de course. Et pour l’équitation, nous nous entrainons à la Garde Républicaine. C’est un avantage assez unique, car nous nous entrainons avec de grands chevaux militaires, avec un très bon dressage et d’excellents entraineurs. Du coup, la France a quelques-uns des meilleurs cavaliers en pentathlon, au niveau mondial.

 

Partenaires – Economie du sportif
On fait un très beau sport, qui prend tout notre temps. C’est surtout un sport très enrichissant sur le plan humain. Et si on veut vraiment “perfer“, il faut le faire à plein temps. On ne peut pas en vivre, mais on peut vivre de très belles années, avec les primes, notamment. Même si c’est loin d’être à la hauteur des gros sports, hein ! D’ailleurs, il me semble que les pentahlètes qui vivent de leur sport, en France, peuvent se compter sur les doigts d’une main. Il faut donc prévoir la suite, via les études ou l’insertion professionnelle, avec des entreprises qui sponsorisent ou soutiennent les athlètes. Malheureusement, les sponsors, ne se bousculent pas pour aider les sportifs de sports « confidentiels ». Alors, heureusement qu’on peut compter sur nos fédérations et sur des structures comme l’INSEP. Ne l’oublions pas, ce sont ces structures qui, notamment dans les « petits sports », nous permettent de performer et de porter haut les couleurs de la France. Les retransmissions sur La chaîne L’Equipe donneront peut-être plus envie à des entreprises de parier sur des pentathlètes.

Crédit Photo / ICONZ X Annabel Polly

Mais, tout ceci n’est pas grave. Je ne fais pas ce sport pour devenir riche ou être en couverture des magazines – et heureusement- ! Mais c’est vrai que c’est parfois difficile d’être aux max quand les conditions, notamment économiques, ne sont pas optimales.

Quoi qu’il en soit, je connais les règles et je sais qu’il est difficile d’obtenir le soutien du privé dans mon sport. C’est pour ça que j’ai mis en place une structure avec quelqu’un qui cherche des partenaires pour m’aider. C’est une façon de démontrer que ma démarche sportive est une démarche professionnelle et sérieuse. Ça portera forcément ses fruits !

Crédit Photo / ICONZ X Annabel Polly

Compétitions et objectifs
Bon, l’entrainement, c’est bien. C’est la préparation du corps et de l’esprit. Mais la finalité, c’est bien évidemment la compétition ! Je suis actuellement dans le top 20 mondial et je nourris donc des ambitions importantes, notamment pour Tokyo 2020. Mais, avant cette échéance, il y a plusieurs étapes intermédiaires notamment, les championnats d’Europe et du monde.

Crédit Photo / ICONZ X Annabel Polly

Cet été, aux championnats d’Europe, j’ai d’abord retrouvé le plaisir de concourir sous les couleurs de l’Equipe de France. Je suis monté sur la plus haute marche du podium avec cette équipe. Un grand honneur et un moment émouvant. Néanmoins, le bilan est quand même en demi teinte car je visais également un podium en individuel. Les championnats du monde ne m’ont malheureusement pas souri non plus. Ce qui est un peu frustrant, c’est ça quand on est un compétiteur. Il faut avoir de l’ambition, c’est ce qui nous fait progresser et repousser nos limites. C’est pour ça que j’essaie de mettre toutes les chances de mon côté pour Tokyo 2020. Mon objectif est simple : monter sur la boîte.

Crédit Photo / ICONZ X Annabel Polly

Photos réalisées pour ICONZ par Annabel Polly // Instagram : Annabel Polly

Christopher Patte Écrit par :

Christopher Patte est un athlète français, spécialiste du Pentathlon moderne. Le pentathlon moderne est une épreuve sportive constituée de cinq disciplines que sont l’escrime, la natation, l'équitation, le tir au pistolet et la course à pied. En junior, il est vice-champion de France (2009 et 2010), champion d'Europe en équipe et en relais (2011). 17e pour ses premiers JO à Londres (2012). Champion des champions au Qatar (2013). Champion du monde par équipe (2013 ) . 6e au ranking Coupe du Monde après deux compétitions (2015).