Manu Key, le collectif avant tout – Partie 1 / 2

Basket-ball, Stories
Manu Key

Rappeur et producteur de rap, Manu Key fut un des piliers de la Mafia K’1 Fry collectif de rappeur de la banlieue sud de la capitale. Il a accompagné l’explosion du 113, de Kery James et d’autres. Aujourd’hui, il se consacre pleinement à sa seconde passion : le basket. Entraîneur au B.C Ermont, il fait ses armes dans le milieu amateur avant sans doute de passer au plus haut niveau.

A la base, ma passion ce sont les sports collectifs. Ma première passion, ce fut le football. Mes grands frères y jouaient et comme à la maison nous regardions les Coupes du Monde 82 et 86, j’avais un réel intérêt pour ce sport. A 8 ans, je jouais beaucoup au foot en bas de la maison. Et c’est à 12 ans qu’on m’a inscrit dans un club. J’étais chez les benjamins à Choisy le Roi et j’ai joué jusqu’ à 19 ans en club.

A 18 ans, un gymnase a été construit en face de chez moi. A chaque fois, j’entendais beaucoup de bruit. Et je suis allé voir. C’était du basket. Il y avait de gros matches. C’était les filles de l’AS Orly qui y jouaient, à l’époque elles évoluaient en Pro B. Je regardais et je me disais, « putain c’est pas mal. C’est spectaculaire, ça va vite et tout ». Et un soir, en revenant de l’école, j’ai un pote qui m’a dit : « viens essayer, on s’entraîne à tel endroit, tel heure, tel soir. » J’y suis allé et ça m’a bien plu. Je suis donc rentré dans ce club qui était l’A.S Orly. J’ai continué le foot en loisir à côté mais j’ai complètement été pris par la passion du basket.

Crédit Photo / FB de Manu Key

C’est le froid qui te ramène au gymnase. Puis après, on te fait découvrir les matches NBA en VHS et puis tu es pris par le All Star Game. C’était en 91. Ensuite, tu découvres tes premières finales NBA. Avec le fameux dernier tir de Michaël Jordan et tu t’intéresses à un joueur qui s’appelle Magic Johnson. Et tu ne comprends pas pourquoi il est plus grand que tout le monde et en plus il est meneur de jeu. Et là direct, je dis je veux être meneur de jeu comme Magic Johnson. Puis après, j’ai commencé à acheter des livres sur Magic et à être à fond dans le basket. Et je n’ai plus jamais lâché.

Il n’était pas plein de dribbles entre les jambes. Il avait cette faculté de monter la balle d’un point A à un point B très rapidement. A l’aise avec le dribble. Et ses passes aveugles… C’est lui qui a ramené ça. C’était un créateur de jeu. Il mettait des points mais ce n’était pas forcément son point fort. Il donnait le ballon et quand il dunkait, c’était fou parce que ce n’était pas forcément son rôle. On voyait un mec grand, plus grand que tout le monde, capter la balle au rebond et faire une passe dans le dos ou derrière la tête. C’était fou, quoi !

Magic Johnson top 10

Quand, j’ai arrêté le basket en 2012. Le Club d’Orly m’a demandé de reprendre une équipe qui était reléguée parce que tous les joueurs étaient partis. On était au plus bas niveau départemental. Il y avait un ou deux anciens et plein de jeunes. Et on a commencé à remonter. D’échelon en échelon. Chaque année. On était DM3. On a fait DM2, DM1. On est monté au niveau régional. Et là, on m’a dit que ce serait bien que je passe mes diplômes. Parce que plus le niveau monte, plus les coaches en face ont des compétences. J’ai alors passé mon premier diplôme en 2011. Je jouais encore à cette époque-là. Et j’ai continué en  2012, 2013, 2014,2015. Jusqu’en 2016. C’était dur parce que tu retournes à l’école mais je me suis accroché et ça l’a fait.

Quand tu deviens entraîneur, tu as tendance à être toujours sur le terrain et tu  vois  tout ce qu’il se passe. En prenant du recul, c’est là que tu commences à voir pourquoi tel joueur agit comme ça etc… Tu commences à comprendre les situations et pourquoi on fait des changements, pourquoi on prend des temps morts ou pourquoi on utilise tel système avec tel joueur. Ce n’est pas venu tout de suite. Il m’a fallu trois ou quatre ans pour comprendre comment on lit le jeu, comment on détecte des choses à la vidéo, les mouvements à l’opposé etc… C’est ça la stratégie au basket. Tout ça, je l’ai appris au fur et à mesure. Et je suis toujours en train d’apprendre. On ne peut pas dire qu’on est bon coach. Pour moi, il n’y a pas de bons coaches. Il y a des coaches et il y a des bons manageurs. Pour moi, on manage  plus  un collectif. Coach, tout le monde peut arriver et faire faire des exercices. Après, c’est comment tu manages ton équipe. Comment tu les mets en situation. Comment tu les diriges sur le terrain. Comment tu les incites à marquer plus que les autres, défendre plus que les autres. Ce qui compte, c’est vraiment comment tu manages l’équipe. Greg Popovich (coach des San Antonio Spurs, NBA), c’est plus un manager, qu’un coach . Je l’ai vu sur des vidéos. Il fait les mêmes exercices continuellement. Sa vraie force, c’est comment il va manager. Comment il va leur dire de rentrer dans les situations : défendre comme si ou attaquer comme ça. Quel joueur, il va choisir en fonction des situations, pour aller plus vite. Le jeu de San Antonio n’est jamais flashy mais ce qui fait la différence, c’est la façon dont va bouger le jeu. Tout ça se crée,  se travaille et lui met tout ça en place. Tout simplement. On a l’impression que tu fais les mêmes entraînements et tu te dis : il est relou Popovich. Mais il évolue et fait changer les choses.

Greg Popovich et Tony Parker
Getty/AFP/Archives – Thearon W. Henderson

Le premier à avoir compris l’importance du management en France, c’est sans doute Arsène Wenger. Il est parti très tôt en Angleterre. On ne le voit pas en survêtement et taper dans le ballon. Il a son assistant qui va mettre les exercices en place. Il a compris que tout se joue dans le managérat avec les footeux. Il a tout cadré à l’Emirate. Le club a investi dans le stade. Il n’a jamais mis des fortunes pour acheter des joueurs. Il a fait venir beaucoup de français et a su les manager.

Crédit Photo / Droit Réservé

Pour qu’il y ait des résultats, il faut de la patience. Elle doit être des deux côtés. Le joueur aussi doit être patient. J’ai des joueurs, s’ils ne sont pas contents de leur temps de jeu au bout de deux matches, ils disent qu’ils arrêtent. Il faut qu’ils soient patients. Tu peux être moyen aujourd’hui et ne pas trop jouer. Avec du travail, tu peux monter en puissance et le coach va se dire : « ah mais je ne l’avais pas vu lui. Allez, je le mets dans le cinq. Il était à tel niveau et il s’entraîne de mieux en mieux et voilà.» Il faut être patient dans les deux sens.

Je n’ai pas trop de modèle à la base. Je regardais un peu tout ce qui se faisait dans le coaching. Je ne suis pas basket à la base mais plutôt très sports-co. Chez les entraineurs, j’aime bien Pep Guardiola. J’aime bien Onesta aussi. J’ai lu son bouquin. Moi, j’aime bien être avec les mecs sur le terrain. Je les pousse constamment. Je ne peux pas rester assis. Je pense que quand on a ce déclic avec le coach, ça ramène un petit truc en plus. Quand il y a un lancer-franc, il est à peine parti que je crie : « repli ». Ils savent bien qu’ils doivent le faire,  mais comme ils l’ont entendu, il y aura un truc en plus. Je suis très fédérateur. J’essaie de définir ma saison par la constance. Si tu n’es pas constant, même si tu es fort, tu finiras la saison un peu bancale. Il y a des équipes qui ne le savent pas. Il y a du monde donc elles pensent qu’il y a de la constance. Mais ce n’est pas parce que tu as du monde que tu es constant. Combien de fois sommes-nous tous ensemble à l’entraînement ? C’est ça la constance.

Crédit Photo / Droit Réservé

Mes joueurs peuvent se permettre de rater un entrainement une fois dans le mois. Une fois c’est correct. Après il y a des temps de repos pendant les vacances. Quatre semaines de pause. Je vais couper huit jours. J’essaie d’organiser des petites sorties, par exemple pour voir un match. Je propose aux joueurs, après même si on est 4 ou 5, on partage un truc ensemble. La prochaine fois, on sera peut-être 6, 7, ou 8. Je propose et ceux qui peuvent,  viennent.

Après, je peux proposer aussi d’aller voir un match de féminine 2 au centre fédéral. Les matches de filles, dans mon équipe, c’est une petite surprise. Car je pense qu’aucun d’eux ne regarde de basket féminin. C’est un jeu plus appliqué dans les systèmes que le basket masculin. Les filles sont plus carrées. Ils verront donc comment on construit un système de jeu très proprement. Après on va reprendre tout ça aux entraînements. Je leur demande : «  Qu’est-ce que vous avez aimé ? Pourquoi ? Pourquoi telle fille ? Pourquoi telle joueuse a scoré ? Comment on aurait pu l’arrêter ? Pourquoi le coach a utilisé telle fille constamment ? Comment s’est fait le turnover ? »

L’idée, c’est de voir l’œil des gars que j’ai emmenés. Pour voir s’ils en tirent des choses ou s’ils se sont contentés de manger des pop-corn. Après, c’est leur droit. Mais je considère que quand tu vas voir un match en tant que passionné de basket, tu visualises un peu ce qui se passe.

Chanson de Manu Key en hommage au tournoi Quai 54

 

Magic Always Showtime / Documentaire

A suivre…


Manu Key

Manu Key, membre fondateur de la Mafia K'1 Fry, il est considéré par la presse spécialisée et le public comme un pionnier du rap en France1. Il a notamment réalisé tous les albums du 113, le deuxième album de Rohff et plusieurs titres du troisième album d'Oxmo Puccino.

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