Manu Key, Le collectif avant tout – Partie 2/2

Basket-ball, Stories
Manu Key

Rappeur et producteur de rap, Manu Key fut un des piliers de la Mafia K’1 Fry collectif de rappeur de la banlieue sud de la capitale. Il a accompagné l’explosion du 113, de Kery James et d’autres. Aujourd’hui, il se consacre pleinement à sa seconde passion : le basket. Entraîneur au B.C Ermont, il fait ses armes dans le milieu amateur avant sans doute de passer au plus haut niveau.

Partie 1

Le basket, c’est une hygiène de vie. C’est s’amuser avec les copains. Quand, il n’y avait pas les studios, on allait en vacances. On jouait au foot ou au basket. C’est une hygiène de vie. Savoir s’éclater en dépensant son corps. Toujours dans la bonne humeur. C’est venu à peu près dans la même période que le rap, vers 92-93. Créer un collectif. Être meneur d’hommes. Diriger les gars en studio ou sur le terrain. Tout en prenant et donnant du plaisir.

C’est venu en même temps parce que j’ai été très tôt dans la musique et très tôt dans les sports co. Quand j’étais plus jeune, j’étais capitaine d’une équipe et quand on avait fini les entraînements, je courais au studio. Et si les mecs n’étaient pas, je les appelais en leur disant : « vous êtes où, là ? On met des tunes dans le studio ».  Après, j’ai appris. Je leur donnais rendez-vous à 21h au studio pour une séance à 22h. Parce que je connais mes  Renois. Pour pas qu’on perde des tunes. Pour pas qu’on perde de temps. Ici, c’est pareil. Je dois être là une heure avant les joueurs. Pour les matches, je leur demande d’être là  1h20 avant le match même si on doit y être  1h avant. Parce qu’il y aura toujours un mec qui arrivera en retard.

Crédit photo / Photo Facebook de Manu Key

A l’époque, on était deux ou trois à avoir une voiture  dans la Mafia K’1 Fry. On bossait au studio à la Villette  toute la nuit. Et je ramenais les gars d’un point à un autre. J’habitais à Orly et t’en un qui habitait à Joinville, un autre là-bas. On finissait à 5h et comme je ramenais tout le monde, il était 7h quand j’arrivais chez moi.

Un jour, à 5h du mat, je leur demande « qui veut des croissants » et que je vais leur chercher. Ils étaient tous contents. Je pars et je les laisse en plan. Et après je leur dis : «  maintenant je ne ramène plus personne. Sinon, qui veut des croissants ? » Après ça, ils se sont tous débrouillés pour prendre leur voiture, des taxis ou des trains. Et ils m’ont tous charrié avec les croissants. C’est comme avec le basket, c’est du ludique. C’est un truc qui est resté entre nous et qu’on ressortait dans plein d’occasion.

La musique et le basket, c’est exactement pareil. Il faut gérer les egos et les gens pas contents. « Pas assez de temps de jeu ». C’est la même chose quand tu fais un album de rap collectif. La question va être : « pourquoi, je ne pose pas assez  sur les morceaux ? ». La seule différence, c’est que, dans le rap, les gars étaient payés et que là ils ne le sont pas. C’est le petit truc qui change. Sinon, il faut être ponctuel et discipliné. Sinon, tu t’affiches. Si tu fais une séance de photos collective en studio, il ne faut pas qu’il manque trois gars. Pareil pour le basket. Si on n’est que 7, c’est chaud pour la rotation. Le jour du match, tu ne peux pas me dire que tu n’es pas là. C’est à peu près pareil. Un départ en avion, il faut être là à l’heure. Un départ pour un match, il faut être là à l’heure. Quand la musique tourne, on te demande de poser un morceau qui tue. Le management, c’est d’amener ce morceau. Tu distribues l’instru avant et tu dis aux gars : « je te verrai bien là-dessus » etc… Et pareil au basket, tu vas adapter les exercices à l’entraînement pour faire évoluer vers telle ou telle forme de jeu.

J’essaie de laisser beaucoup de liberté aux joueurs. Ce qui compte, c’est l’impact que tu mets dans le jeu. La dynamique que tu mets dans le jeu. La dynamique que tu mets dans le training. Sans ça, tu ne peux pas réussir. Il y a un temps pour rigoler et un temps pour travailler. T’as tout le temps pour rigoler. Un training, ça dure 1h30. Tu te concentres. Il y aura des moments de détentes, quand on boit etc… Après, ça peut rigoler dans le match. Tu prends un bâche. Tu te fais chambrer. Après, on repart dans le travail et la concentration. Si on veut arriver à quelque chose, il n’y a que ça. Il n’y a pas secret. Et si à un moment, je vois que ça ne va plus, je recadre. Pas devant tout le monde. Je les appelle ou sur WhatsApp. Petite anecdote : J’ai deux meneurs de même gabarit, mais avec des profils différents. Il y en a un, que j’ai fait jouer 6 ou 7 matches dans le cinq majeur. Je voyais bien que l’autre était agacé. Je lui ai dit : «  Je sais c’est quoi ton problème. C’est que tu n’es pas dans le cinq.» Et  lui de me répondre : « mais non, mais non. » Après ça, on fait un super match contre les premiers et les deux jouent. Je les ai convoqués tous les deux derrière pour leur dire :

« Vous voyez, ce n’est pas d’être dans le cinq le problème. Vous pouvez jouer le même temps de jeu. 20 min chacun. Mais avec un apport différent. Si votre problème, c’est vraiment d’être dans le cinq, dites le moi. Et je vous fais jouer dans le cinq en alternance. Après cela va créer des déséquilibres dans l’équipe. Ne pensez pas qu’à vous. Pensez collectif. Je veux que quand tu rentres, tu amènes ta gestion et que quand tu rentres, tu amènes ton dynamisme. Après, le truc c’est que moi je dois faire un turnover. C’est comme ça. Je vous demande, de défendre, de partager le ballon et de respecter les consignes. »

J’en ai récupéré deux-trois comme ça.  Après  t’en as d’autres qui  ne sont pas restés. 3 ou 4 matches sans être retenus et ils viennent me voir en disant :

« Ouais, je ne comprends pas. Tu les fais jouer lui ou lui. »

Je leur demande pourquoi ils parlent des autres :

« – Ne parle pas des autres. Si tu ne joues pas, c’est qu’il y en a un autre avec le même profil que toi et qui  est meilleur que toi en ce moment.

  • Il est meilleur que moi ? Je le graille.
  • Oui, tu le grailles en 1 contre 1. Mais dans une opposition de match, ce n’est pas pareil. Et puis, il y a un problème : quand vous n’êtes pas dans l’équipe, vous ne venez pas voir les copains aux matches. Pourquoi on ne vous voit pas ? »

Tout ça, c’est bien. On est en régionale, c’est un apprentissage pour plus tard car j’espère faire de la nationale. Et là, on n’aura pas le droit à ça. Parce que j’imposerai ce truc : quand tu es blessé ou pas retenu, tu viendras voir ce que fait le groupe.

Crédit Photo / Photo du Facebook de Manu Key

Beaucoup de joueurs m’ont inspirés.  Aux USA, pour moi Magic, c’est le summum.  Aujourd’hui, un mec  comme Damian Lillard. Il a travaillé dur pour arriver en NBA. Il y a aussi ces joueurs qui reviennent de longues blessures et reviennent forts. Comme Paul George. Il a eu une grave blessure au tibia. Il est revenu un an après et il est tout en haut. Des joueurs comme Kevin Durant qui s’entraînent  dur pour être au sommet. Le gars reconnaît  qu’il a copié le shoot de Dirk Nowitzki. Il a taffé pour avoir la même trajectoire et l’a même appelé : « voilà, j’aimerais avoir la même trajectoire que toi. Comment tu as fait ? » Il s’est inspiré de ça.

« Damian Lillard Hightlights 2017-2018 »

 

En France, il y a des mecs vraiment dynamiques. Amara Sy a toujours été l’Amiral. Et puis il y a Lahaou Konaté. Il est parti du plus bas du plus bas. Dans le club où il était avec moi, on faisait CEC, c’est-à-dire Centre d’entraînement commun. C’était le lundi. Tous ceux qui voulaient progresser venaient s’entraîner. Des petits, des grands. Lui, c’était le seul petit qui venait constamment. Du premier lundi au dernier de l’année. Toujours-là avec les grands. Il tirait ses lancers-francs. Il ne faisait que ça. Et après, il allait dribbler. Il lançait la balle contre mur. Dribbler. Dribbler. Et on se disait, lui c’est le seul qui vient constamment au CEC. On verra plus tard. Petit à petit, il a gardé ce petit train-train : s’entraîner, s’entraîner plus que les autres.

Crédit Photo / Facebook de Manu Key

Aujourd’hui, il est en Pro A. Il est même international. Il n’a pas eu de piston. Il a travaillé dur pour ça. Il n’a pas eu un truc magique comme Parker qui a eu ça dans le sang. Il peut être fier de lui. Je l’ai vu arriver tout petit. Même quand il pleuvait, il venait tout mouillé et tirait ses lancers-francs. Il y avait des grands qui tiraient du milieu de terrain. Et lui tout petit, tout maigre, il tirait, il tirait et restait concentré.

 


Manu Key

Manu Key, membre fondateur de la Mafia K'1 Fry, il est considéré par la presse spécialisée et le public comme un pionnier du rap en France1. Il a notamment réalisé tous les albums du 113, le deuxième album de Rohff et plusieurs titres du troisième album d'Oxmo Puccino.

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