Marius Trésor, la légende – Partie 2 / 3

Football, Marius Trésor, Stories
Marius Trésor

Marius Trésor a marqué l’histoire de deux des plus grands clubs français. De Sainte-Anne à Bordeaux en passant par Ajaccio et Marseille, il a marqué de son empreinte le football des années 70 et 80. Pour ICONZ, il revient sur son parcours en club.

Retrouvez ici la premère partie du récit de Marius Trésor

 

Découverte du foot :

« Quand j’ai quitté la Guadeloupe, le football était déjà le sport numéro 1. Tout le monde adorait jouer au foot. J’ai commencé très jeune sur la plage de Sainte-Anne. Je suis issu d’une famille où la majorité des hommes pratiquaient le vélo. Je suis un des seuls à s’être dirigé vers le football. J’ai fait ce choix car j’aimais être avec mes copains. Le vélo, c’est un sport difficile. Déjà parce qu’on souffre beaucoup. Et surtout parce qu’on est seul. C’était donc plus naturel pour moi de retrouver mes amis pour jouer au foot sur la plage et avant d’aller se baigner.

J’ai quitté mon île sur un coup de tête. J’avais quitté l’école et je devais suivre un stage pour devenir moniteur d’éducation physique. Finalement, j’ai eu cette opportunité avec Ajaccio. Je n’avais pas fait mon service militaire et je me disais : « si cela ne marche pas dans le foot, je pourrai toujours me tourner vers autre chose grâce au service militaire ».

Ajaccio, d’une île à l’autre : 

« Je le dis à chaque fois que l’on me pose la question, je serais arrivé sur le continent, je ne pense pas que j’aurais fait la carrière que j’ai faite.

Quand j’arrive à Ajaccio, en 69, c’est un petit club : Cela faisait à peine trois ans que le club était professionnel. Le club monte en Première Division en 70.

Les gens me considéraient avant tout comme un îlien, à leur image. Avant même de savoir si je venais de la Guadeloupe ou d’ailleurs. Cela a favorisé mon intégration à 300%.

Je suis arrivé comme avant-centre. Mais un mois après mon arrivée, je ne me sentais pas bien car je me retrouvais souvent à jouer ailier gauche ou droite. C’était d’autant plus difficile d’évoluer à mon poste que le club avait recruté, avant moi, deux joueurs professionnels confirmés. C’était Philippe Le Donche et Pierre Ferrazzi. Il n’y avait donc pas de place pour le petit Guadeloupéen qui venait de débarquer. Au bout d’un mois, je me suis dit qu’il fallait que je tente autre chose. A cette époque-là, tous les mercredis, il y avait un match entre l’équipe première et le reste de l’équipe. Après un match à Reims, où la défense centrale avait été complètement décimée, le coach nous a demandé à nous les jeunes s’il y en avait un parmi nous qui désirait jouer en défense centrale. J’ai levé la main. Ils n’étaient pas nombreux à la lever avec moi. A la fin de l’entraînement, il m’a dit : «  à partir de maintenant, tu t’entraîneras à ce poste-là ». Un mois après, il me faisait débuter avec l’équipe première. C’était début novembre. Je me rappelle être arrivé le 16 septembre 69. Pendant trois-quatre mois, il faisait appel à moi quand il en avait besoin. Et je suis devenu titulaire à part entière vers le mois de février-mars.

Quand j’ai débuté avec l’équipe première de la Juventus de Sainte-Anne, à 17-18 ans, je jouais défenseur. Au cours de la saison 67-68, on a eu des attaquants qui sont partis travailler en Martinique. Avant un match aux Abymes contre la Juventa, l’entraîneur m’a dit : « je pense que tu es le plus apte à jouer avant-centre ». Pour moi, ce n’était pas un problème parce que ce qui m‘importait c’était de pouvoir m’amuser sur le terrain. Alors pourquoi pas. Premier comme avant-centre contre la Juventa, on gagne 3 à 0 et je marque les 3 buts. En faisant, une moitié de championnat à ce poste, je finis deuxième meilleur buteur. Et j’ai enchaîné la saison suivante à ce poste. Et nous finissons champions de Guadeloupe.

Donc à Ajaccio quand l’entraîneur demande qui veut jouer en défense centrale, c’est tout naturellement que j’ai levé la main. Parce que c’est un poste que j’avais occupé pendant une demi-saison au début de ma carrière avec la Juventus. »

Crédit Photo : Droit Réservé / Marius Trésor à Ajaccio

 

Marseille, un transfert à rebondissement :

Quand j’arrive à l’OM en 72, je ne m’attendais pas à y aller. Juste avant, j’ai participé à une tournée au Brésil avec l’Équipe de France. Beaucoup de dirigeants, qui nous accompagnaient, m’ont fait part de leur désir de me recruter. Il s’agissait notamment de Nantes et de Nice. A cette époque-là, il n’y avait pas d’agents. Il fallait se débrouiller un peu tout seul. En rentrant à Ajaccio, je vais voir le directeur sportif, Antoine Federici, qui malheureusement est décédé aujourd’hui, et je lui demande ce que compte faire le club avec moi. Il m’a répondu que les dirigeants ne s’étaient pas encore réunis pour évoquer mon avenir au club mais que cela allait se faire et qu’il reviendrait vers moi ensuite.

Comme je revenais de la tournée avec les Bleus, j’avais droit à 15 jours de vacances. Je pars donc en vacances à Marseille, déjà. Au moment de prendre l’avion, je vois dans les journaux que les dirigeants annonçaient qu’il était hors de question de se séparer de moi. Je venais de me marier, mon bébé avait à peine six mois, je me suis dit que si je restais à Ajaccio il me faudrait une augmentation. Et ils ont fait traîner les choses.

Je suis chez mes beaux-parents à Marseille et je vois arriver un gars qui dit : « c’est bien ici qu’habitent les beaux-parents de Marius Trésor ? Est-ce qu’il est là ? » C’était M. Ganem, trésorier du Paris FC qui n’était pas encore le PSG. Il me dit que le club a fait une proposition,  qui représentait beaucoup d’argent à l’époque, à Ajaccio qui se trouvait dans le besoin et qui serait obligé de me laisser partir. Comme je n’avais personne pour me conseiller à l’époque, il me glisse que si je loupe la reprise de l’entraînement ils vont s’inquiéter de ne pas me voir. C’est comme cela que je n’ai pas été à la reprise de l’entraînement après les vacances. Cela a fait grand bruit. Au point que nous nous sommes réunis au siège de la Fédération en présence de Fernand Sastre, président de l’époque, du président de la ligue Jean Sadoul, de Georges Boulogne qui était sélectionneur et de son adjoint Michel Hidalgo. Je me suis fait représenter par Me Bertrand qui était l’avocat de l’UNFP. Ajaccio ne voulait pas entendre parler d’un départ. Comme cela ne faisait que 3 ans que j’étais en Métropole, je leur ai dit que si c’était comme ça je rentrais en Guadeloupe. Quand ils ont vu que j’étais sérieux, Monsieur Federicci a accepté l’idée de mon départ mais il fallait que je revienne d’abord à Ajaccio. Le club a tout de même encaissé une grosse somme pour l’époque : 1 million de francs.  Plus le prêt de 6 joueurs dont faisait partie un certain Roland Courbis. Au départ, je ne devais pas aller à Marseille mais à Nice. Les dirigeants Corses et ceux des Aiglons étaient quasiment tombés d’accord. Mais l’effectif de l’OGCN était assez réduit au contraire de celui de l’OM qui avait des joueurs à ne plus savoir qu’en faire. Ils ont donc mis 6 joueurs dans la transaction ce qui a fait pencher les choses en leur faveur. C’est comme ça que j’ai atterri à l’OM où je suis resté 8 ans.

Jarzinho (à gauche), Marius Trésor (au centre), Paulo César (à droite)
crédit photo : Droit Réservé / Jarzinho (à gauche), Marius Trésor (au centre), Paulo César (à droite) à l’OM

 

Bordeaux, le début d’une deuxième vie

Je reçois un coup de fil chez moi, on n’avait pas de portable à l’époque. C’était Claude Bez, le président des Girondins. J’étais en fin de contrat à Marseille. Il me dit qu’il aimerait que je vienne mais il voulait d’abord que je rencontre le nouvel entraîneur : Aimé Jacquet. Il était à cette époque-là entraîneur de Lyon. Je prends ma voiture. A cette époque, j’aimais bien la vitesse, j’avais une Alpine A310. Et je me rends chez Aimé Jacquet. Je lui dis : « le Président a dû vous mettre au courant parce que c’est lui qui m’a dit de venir vous voir. Il est intéressé par ma venue au club. Mais il veut d’abord que j’ai une discussion avec vous. » Il me dit qu’on lui a parlé d’une boîte de nuit à Carpentras dont j’aurais été le propriétaire et comment je comptais faire pour la gérer depuis Bordeaux. Je suis tombé des nues. C’est que je suis allé une fois dans une boîte de nuit à Carpentras mais c’était pour l’inauguration. J’étais invité par un ami. Je lui dis que je n’ai jamais été propriétaire de boîte de nuit et l’atmosphère s’est détendue. Il me fait part de son intérêt pour ma venue et nous sommes rentrés en contact avec le Président Claude Bez. Pendant mes quatre années en tant que joueur, je ne signais que des contrats d’un an. J’étais venu au départ que pour une année et nous sommes en 2018. Je suis toujours là. Quand j’ai quitté Marseille, un ami m’a demandé ce que j’allais faire à Bordeaux où il pleut tout le temps. Bon, j’ai dû m’adapter à la pluie parce que cela fait 38 ans que je suis là.

Pour moi ce qui comptait le plus, c’était de pouvoir continuer à jouer au football. J’ai 30 ans à mon départ de Marseille et beaucoup de journalistes disaient que pour moi le football était fini. Pour moi, le fait d’arriver à Bordeaux, c’était une nouvelle vie qui commençait. Il fallait que j’arrive à prouver qu’à 30 ans, je n’étais pas si vieux que ça.

Je m’adapte assez facilement. Et puis il y a une chose qui m’a beaucoup facilité la tâche en arrivant à Bordeaux c’est de retrouver des garçons que je côtoyais en Equipe de France : Bernard Lacombe, Gérard Soler, René Girard ou Alain Giresse qui était la figure emblématique de Bordeaux. Jusqu’à présent, que ce soit avec Nanar Lacombe ou avec Gigi, on entretient un lien très fort. Quand on se revoit il y a tellement de souvenirs qui remontent. Je me suis donc retrouvé comme à la maison en arrivant. Grâce à mes partenaires de l’Equipe de France avec qui j’avais passé pas mal de moments bons ou mauvais d’ailleurs. On ne peut pas dire que je découvrais quelque chose.

En arrivant, j’ai discuté avec des supporters. Il n’y avait pas grand monde au stade et ils me disaient : « on est sevré de Coupe d’Europe depuis des années. Qualifiez-vous pour la Coupe d’Europe et vous verrez que Bordeaux est aussi une ville de football. » Quand, j’ai signé mon contrat, qui était un peu spécial, le Président Bez m’a dit que ce qu’il voulait c’est que l’équipe soit toujours aux portes de l’Europe. C’est-à-dire jusqu’à la 5e place. Tant que nous étions entre la 1e et la 5eplace, il n’y avait pas de problème. Tout se passait bien. Finalement, j’ai eu de la chance pendant mes quatre années à Bordeaux, nous n’avons jamais quitté le haut du classement jusqu’au titre. C’était lors de ma dernière saison. J’ai étais obligé après une 3e opération du dos de mettre un terme à ma carrière.

Marius Trésor avec les Girondins de Bordeaux
Crédit Image : Droit Réservé / Marius Trésor avec les Girondins de Bordeaux

A suivre…..


Marius Trésor

Marius Trésor, né le 15 janvier 1950 à Sainte-Anne en Guadeloupe, est un footballeur international français. Il évolue au poste de libéro du début des années 1970 au début des années 1980. Il est considéré comme un des meilleurs défenseurs français de l'histoire. Il a joué à Ajaccio, Marseille et Bordeaux.

Translate »