Marius Trésor, la Légende – Partie 3/3

Football, Stories
Marius Trésor


L’Equipe de France et les Antilles :

Selon le Larousse, une légende est une « Représentation embellie de la vie, des exploits de quelqu’un et qui se conserve dans la mémoire collective ». Cette définition colle tout à fait à ce que représente Marius Trésor dans l’imaginaire collectif des amateurs de football aux Antilles, en Métropole et même en Afrique. Lui se voit comme un joueur de football qui a réussi une honnête carrière quand d’autres voient en lui un pionnier qui a ouvert la voie à toute une génération de joueurs noirs en Equipe de France. Pour d’autres, il est le héros de Séville. Nous ne choisissons pas comment nous influençons les autres.

Interview Partie 1

Interview Partie 2

8 juillet 1982 [1]

« (Rires) Le 8 juillet 1982, j’étais en vacances en Guadeloupe. Après, pour beaucoup de gens nous avions réussi un exploit sportif. Mais pour moi, ma plus grande désillusion sportive, ce fut ce match-là. J’aurais préféré ne pas marquer le deuxième but, que l’arbitre siffle le pénalty sur Battiston, et que l’on gagne 2 à 1 pour aller en finale. Vous savez la Coupe du Monde, c’est une fois tous les 4 ans. Jouer une finale de Coupe du Monde… J’avais 32 ans, je savais que la prochaine était très, très, très loin. Et elle est restée très loin. Pour moi, c’était l’occasion ou jamais de jouer une finale de Coupe du Monde. Mais le sort en a voulu autrement. »

Crédit Photo / Droit Réservé

Lien Vidéo

Début de la banalisation des joueurs noirs en Equipe de France :

« Quand j’ai débuté en Équipe de France, le premier à m’avoir rejoint n’était pas Antillais. Il s’agissait de Jean-Pierre Adams qui venait du Sénégal. C’est un garçon qui m’a beaucoup aidé quand j’ai fait mes débuts en équipe de France. Je me rappelle d’un match en Pologne. A cette époque-là pour que l’équipe de France puisse gagner un match à l’extérieur, c’était très difficile. Et on avait gagné 2-0. Stefan Kovacs, le sélectionneur de l’époque, après le match, en parlant du comportement de l’équipe sur le terrain, a dit qu’il avait trouvé sa garde noire. Jouer avec Jean-Pierre, c’était un plaisir, parce que quand l’attaquant arrivait à sortir de ses griffes, il ne restait pas grand-chose. 

Après, il y a eu l’arrivée de Gérard Janvion, Alain Couriol et de Jacques Zimako qui lui venait de Nouvelle-Calédonie. On s’est retrouvé petit à petit avec une bonne représentation colorée en Équipe de France. Lors de la tournée au Brésil de 1972, nous n’étions que deux Jean-Pierre Adams et moi. »

Crédit Photo / Droit Réservé / Gérard Janvion (gauche) et Jean-Pierre Adams (droite)

Le foot antillais d’hier :

« Il y a toujours eu un championnat en Guadeloupe. J’ai commencé à la Juventus de Sainte Anne. C’est la seule équipe que j’ai connue là-bas. Je dirais que c’était un championnat assez sympa. Il y avait beaucoup de spectateurs. L’ambiance était bonne.

Je suis issu d’un club où, avant moi, une dizaine de joueurs étaient venus tenter leur chance en Métropole avec des fortunes diverses. Mais quand j’ai quitté la Guadeloupe, je n’ai pas pensé à ça car je ne pensais vraiment pas devenir footballeur professionnel.

Aller jouer en Guadeloupe, je l’ai fait avec Bordeaux. Avant ça en 79 et en 80, on avait monté une équipe d’Antillais jouant en Métropole pour faire une tournée aux Antilles. Et nous sommes restés une semaine en Guadeloupe et une semaine en Martinique. C’était grandiose de faire cette tournée. A l’époque, il n’y avait pas de gardien noir donc on avait demandé à Gérard Migeon, qui jouait avec moi à Marseille, de venir avec nous. On s’est régalé les deux années où nous l’avons fait. C’était un plaisir de se retrouver Guadeloupéens et Martiniquais mélangés pour jouer. La deuxième année, on avait Paulo César qui était en vacances en Guadeloupe qui avait joué avec nous. L’ambiance était grandiose. Des stades pleins avec une ambiance phénoménale. Quand le jeu est beau, tu as une ferveur hors du commun aux Antilles « .

Marius Trésor avec les Girondins de Bordeaux
Crédit Image / Droit Réservé

…. Et d’aujourd’hui :

« On s’aperçoit qu’il n’y a quasiment plus d’Antillais nés aux Antilles qui jouent en Equipe de France. Ceux qui jouent chez les Bleus aujourd’hui sont nés en Métropole. Ce n’est plus la même chose aujourd’hui. Ce que j’aimerais aujourd’hui, c’est que les Antilles continuent à fournir des joueurs à l’Equipe Nationale. Il y a toujours ce petit truc coloré mais ce sont les parents qui ont quitté les Antilles… On ne prend plus le football au sérieux aux Antilles.

Quand je regarde ceux qui sont venus en Métropole avant moi et qui ont fait une bonne carrière, même si c’était en amateurs, ils nous donnaient envie de marcher dans leurs traces, en nous parlant de leurs expériences, à leur retour au pays. C’est ce qui m’a donné envie de connaître autre chose. Quand je discute avec des jeunes en Guadeloupe aujourd’hui, ce qu’ils me renvoient c’est que si ça marche tant mieux et si cela ne marche, on fera autre chose. Il n’y a plus cette flamme. Le premier entraîneur Français que j’ai connu et qui nous a parlé, à mes camarades et moi, du football en Métropole ma motivé pour vivre autre chose que ce que je connaissais. J’avais 15 ans et j’ai mis ça dans un coin de ma tête en me disant que je voulais devenir footballeur professionnel même si pour moi c’était utopique.

Ça a réussi pour moi alors je me suis dit que j’allais essayer d’offrir cette opportunité aux nouvelles générations. Avec Bordeaux, on a organisé quelques de stages de détections en Guadeloupe et Martinique. On a essayé de faire venir des garçons ici. D’ailleurs en ce moment, on en a un qui s’appelle Davy Rouyard, gardien des U19 nationaux, il mesure 1m96. Il prend de la place dans le but. Il est costaud. Mais à chaque fois qu’il part en Guadeloupe et qu’il revient, il a le blues. Sa maman est obligée de venir avec lui et de rester quelques temps parce qu’il a envie de repartir aux Antilles. Alors qu’il a toutes les qualités pour devenir un grand gardien. On peut lui dire ce qu’on veut mais les connexions ont du mal à se faire. C’est dommage car les qualités, il les a. Tous les gens qui le voient jouer disent que c’est un phénomène. Mais il faut que lui accepte qu’il y a des sacrifices à faire. Il aura le temps de retourner aux Antilles. Pour le moment, il a la chance d’avoir les qualités pour faire une grande carrière. Je trouve vraiment cela dommage. »

 

Les Gwadas Boyz

« Thierry Henry, au moment où il jouait à Barcelone, s’est vu demander par l’Equipe Magazine quel était l’ancien joueur qu’il aurait aimé rencontrer. Il m’avait choisi et nous nous sommes retrouvés au Camp Nou afin de discuter. Et à un moment, on s’est posé la question si on aimerait aller jouer aux Antilles, pas avec l’Equipe de France mais avec celle des Gwadas Boyz. Et on s’est dit oui.

David Sommeil, ancien Girondin, a joué, en 2007, la Gold Cup avec la Guadeloupe et ils ont perdu en demie finale contre le Mexique. C’était merveilleux. Ce sont des moments qui m’auraient plu. »

Crédit Photo / Droit Réservé

 

La carrière de Marius Trésor vue des Antilles :

« J’ai passé mes 3 premières années dans le championnat de France à Ajaccio qui était un petit club. Il n’avait pas la renommée des grands clubs de l’époque qu’étaient Saint Etienne et Marseille. Le PSG n’existant pas encore à l’époque. Quand j’ai intégré l’OM, beaucoup de supporters qui étaient pour les Verts qui se sont rabattus sur Marseille. Surtout à Sainte Anne. Le fait qu’un enfant de la commune joue dans la cité Phocéenne les a virés vers la Méditerranée.

Vous savez Marseille a toujours représenté quelque chose de fort aux Antilles. Même maintenant. J’ai eu mon grand frère au téléphone hier et on a discuté du match de dimanche (OM-Bordeaux du 18 février). La première chose qu’il m’a dite c’est qu’il souhaitait que nous fassions match nul. Il n’est pas le seul à me dire ça. Parce que Marseille a toujours eu la côte aux Antilles. Avant quand on parlait de foot français en Guadeloupe, on parlait toujours de Marseille. Parce que cela a toujours attiré le regard des gens, parce que l’on sait qu’il se passe toujours quelque chose. Aujourd’hui les deux équipes qui ont la main mise sur les supporters en Guadeloupe ce sont le PSG et l’OM. Bordeaux arrive un peu après.

Certains, comme mon frère, étaient pour Marseille quand j’y étais et depuis que je suis en Gironde suivent Bordeaux mais ils n’oublient pas qu’ils ont d’abord été pour Marseille. C’est pareil pour beaucoup de mes amis d’enfance. Pour eux le bon résultat d’un match entre Marseille et Bordeaux, c’est le match nul. Parce qu’ils ont du mal à pencher pour l’un ou pour l’autre.

Dès que l’OM joue contre Paris, Bordeaux etc… vous pouvez être sûr c’est que c’est l’effervescence là-bas. Je ne sais pas pourquoi mais les gens adorent Marseille. »

 

Crédit Photo / Droit Réservé

[1] Demi-finale de la Coupe du Monde 1982 contre l’Allemagne de l’Ouest. Marius Trésor marque le but du 2-1. La France est éliminée à l’issue des tirs au but après un match nul 3 à 3 marqué par l’agression de Patrick Battiston par le gardien Allemand Harald Shumacher


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