Changement de statut

Basket-ball
Johan Passave-Ducteil

Dans cette quatrième partie, Johan Passave-Ducteil va découvrir ce que sont que les montagnes russes. Entre l’épisode limougeaud et la quête du graal dans une toute nouvelle équipe, le pivot français est passé par de nombreuses émotions.

“Je suis arrêté 2-3 mois, le début de saison est mauvais, on se fait souvent siffler, critiquer dans la presse, et le coach n’est pas serein. J’ai subi mes premières petites pressions du genre : ‘Bon Jo, il va falloir que tu reviennes, alors que j’étais encore blessé, il fallait prendre le temps.’ Mais mon agent, me demandait : ‘Le docteur, il dit quoi ? T’en es où ?’ Même quand je venais aux entraînements, je venais aux mêmes heures sauf que je faisais du renforcement musculaire. Je venais voir de temps en temps mes coéquipiers, mais tu te sens un peu exclu. Le coach, tout souriant de la conférence de presse, n’est pas au mieux, il me regarde bizarrement alors que je ne joue pas.

Je venais aux matches, j’étais frustré et j’entendais les critiques des supporters et je me disais : ‘les gens sont durs… Quand je vais revenir, ça va donner quoi ?’

Quand j’ai pu reprendre, mes premiers matches ont été compliqués. J’ai pas été mauvais, mais je n’ai pas été bon non plus. J’entendais des ‘c’est ça Passave ? On l’a pris pour ça !’

Les gens, attendez, je reviens de blessure !?

J’ai pas joué plus d’⅓ de la saison, cette année-là, je finis meilleur joueur français et pourtant j’ai essuyé des critiques. On a fini 5ème, on a fait les play-offs, mais on a perdu la finale contre Poitiers. Juste avant les play-offs, le coach (Olivier Cousin, ndlr) qui m’a fait venir et qui me faisait jouer, a été limogé. Un autre entraîneur, Eric Girard, arrive.

Quand tu as été choisi par un autre coach, et que tu fais partie d’un effectif, c’est bon. Mais quand un autre arrive, qui a d’autres idées, que tu es sous contrat, que tu as perdu, car au CSP, si tu gagnes pas tu es zéro, c’est autre chose.

Crédit Photo / Droit réservé

Changement de statut

Je suis parti en vacances en Grèce avec ma femme sachant qu’il me restait un an de contrat encore. Mon agent, Pascal Levy, m’appelle pendant l’été : ‘Jo, il va peut-être falloir qu’on parle de Limoges. Avec le nouveau coach, il va falloir trouver une solution.’

Dans ma tête je me dis, ‘c’est toi mon agent, donc limite pourquoi tu m’appelles. Tu sais que je suis en vacances’. Donc ce que coup de fil, rien que ça, a ruiné mes vacances.

Moi je n’avais aucune intention de partir. Et lorsque les dirigeants ont compris que je ne comptais pas bouger, ils ont fait l’équipe et mon statut a clairement changé. Je suis passé de starter qui avait bien fini sa saison à troisième intérieur. Ils font venir deux américains sur mon poste, et on me rend les choses un peu plus difficiles. Pas beaucoup de temps de jeu, beaucoup de frustration alors que physiquement j’étais affuté. Relation difficile avec le coach pourtant sur le terrain, quand j’y étais, je faisais au maximum. Ca aussi ça a été un apprentissage. On ne s’entendait pas. Je l’aime pas, il ne m’aime pas, mais il y avait du respect car il me l’avait dit. Le basket, c’est un milieu dans lequel souvent on ne dit pas les choses. On s’est attrapés à la fin d’un shooting. Il m’a dit : ‘Écoutes Jo, je ne te porte pas spécialement dans mon coeur, je ne te voulais pas dans mon effectif, mais t’es là. Saches que quand je te donnerai l’opportunité, il va falloir que tu la saisisses, que tu joues, et selon ce que tu fais, tu resteras ou non sur le terrain. Au moins, c’était clair. Moi, je préfère les gens comme ça. Lorsque j’avais quelques minutes, j’essayais de les optimiser au maximum. Du coup, mes statistiques m’ont fait passer de meilleur joueur français à joueur lambda. Pour les négociations de fin de contrat qui ont suivi, c’était compliqué.

Crédit Photo / ICONZ X Laurie Top

L’étincelle dans une saison au goût amer

À Saint-Etienne, j’ai joué avec Guillaume Pons, mon capitaine, qui était aussi le joueur pro avec lequel j’ai eu le plus d’affinités. Il m’a vu grandir. On a été coéquipiers pendant 2-3 ans.

Il jouait à Nanterre, il avait commencé à parler de moi à Pascal Donnadieu en disant : ‘Jo a eu une saison difficile, il va arriver en fin de contrat, je pense que ça peut être une bonne opportunité pour vous de le signer, parce que je sais qu’il est très très bon’.

La fin de saison arrivait, on faisait le dernier match de la saison régulière contre Nanterre et on savait qu’on allait les jouer en play-offs. Après match gagné, j’étais allé les voir. Je parle avec le coach et je tombe sous le charme de son discours : ‘L’année prochaine, on veut faire une grosse équipe avec une base française’. Moi, il ne m’en fallait pas plus pour me convaincre. Jouer avec des américains c’est bien mais… pas trop fan. Je lui dis, ‘on verra’. Sauf que du coup, il était pas très sûr de mon prix, vu que je ne jouais pas beaucoup.

Cependant, on les rencontre en play-offs. L’Américain, que Nanterre avait, nous a tués. Dans notre secteur intérieur, personne n’arrivait à le tenir. Quand le coach n’avait plus de solution, ce qu’il aimait bien faire, c’était lancer le pompier de service (rires). Il s’avère que je rentre, avec tellement d’énergie et d’intensité, que je tue le match. J’ai dû mettre 15 points d’affilé. Ce qui fait que j’ai eu une ovation de Beaublanc. Chose qui n’était pas arrivée depuis la première année. Après le match aller, Pascal Donnadieu a dit à Guillaume, ‘c’est bon, on va le prendre…’ Au match retour, j’ai une nouvelle fois éteint leur Américain qui était leur meilleure arme. C’était parfait pour moi.

Pour la petite histoire, le ricain a été mon coéquipier. Il avait juré qu’il allait faire de la musculation pour pouvoir me contrer. (rires)

On continue les play-offs après avoir éliminé Nanterre, Guillaume m’envoie un texto pour me dire ‘à l’année prochaine peut-être’. La double confrontation m’a mis en lumière donc il y a des équipes qui sont intéressées à moi, notamment le Portel (une équipe du Nord, ndlr). En demi-finale, on gagne et on se retrouve face à Pau, notre meilleur ennemi qui avait terminé 1er de la saison régulière. Nous, on avait fini second. On perd, une nouvelle fois cette finale. La deuxième fois que je me retrouvais à Bercy et que je rentrais de Paris bredouille. Surtout que beaucoup de monde était venu me voir. Je disais, avoir la médaille d’argent une second fois, c’est trop ! Ca pique trop, ça m’énerve. Là, j’étais moins touché que la première parce que je connaissais mon rôle. Après ce dernier match de la saison, je décide de changer d’agent parce que je n’ai vraiment aimé la façon dont ont été gérées les deux saisons au CSP. C’est là que je tombe sur l’agence de Bouna Sarr (qui est actuellement mon agent), Com’ Sport.

Crédit Photo / Droit Réservé

Nanterre ou l’heure de la récompense

Au sein de cette agence, je tombe sur un agent (Seb Raoul, ndlr) à l’opposé sur celui que j’avais. Il me dit : ‘Écoutes, on va travailler ensemble. J’ai deux choses sûres sur la table, Nanterre et Le Portel. Le Portel te propose la même chose que tu touches à Limoges mais le projet sportif, je ne suis pas très fan. Alors que Nanterre, te propose un peu moins, mais sportivement, tu vas être gagnant.’

On aime tous l’argent (rires). C’est vrai, tu sors d’une saison galère, tu as pas envie d’entendre ça. Mais c’est vrai que Nanterre faisait une grosse équipe…

Je prends conseil auprès de mon entourage, qui me dit : ‘Nanterre, tu rentres chez toi, sur tes terres’. Parce que mine de rien, on parle de 7 ans loin de Paris. Le choix a été vite vu. Je rentre à Nanterre, ma mère était trop contente, je retrouve Guillaume Pons. Je me fais une base de français de fou : Loïc Akono, Marc Judith, Jérémie Nzeulie, Antoine Gomis, Nate Carter, mon pote américain qui a dû faire de la muscu pour pouvoir me contrer, Will Daniels, et Mykal Railey. Un effectif équilibré, une base tricolore forte, et des américains avec un état d’esprit fantastique. Tout de suite, ça matche ! Je retourne dans un club un peu familial.

Là, c’est ambition cachée. On annonce pas qu’on veut être champion mais on le savait tous. On fait une saison, je retrouve des couleurs, le fait d’être porté par un public parisien… On finit premier de la saison régulière, moi, je redeviens meilleur joueur français. C’était la dernière année où lorsque tu finissais premier, tu ne décrochais pas le titre de champion. Pour obtenir, le titre de champion, je retourne une troisième fois à Bercy. Et ENFIN ! ENFIN, je suis champion ! J’ai paradé comme jamais. Et en plus j’avais une angoisse avant cette finale. J’avais encore plus de monde, c’était bon. En plus je me dis que la saison d’après j’allais jouer en Pro A. Ca veut dire que le truc que je voulais, on est allé le chercher nous-même. Et j’étais avec des gars qui étaient partis d’encore plus loin que moi. J’ai commencé Espoir pro B, tandis que d’autres c’était National 1 voire National 2. On était une bande, c’était magnifique… Cependant, petite désillusion car j’espérais être MVP français après avoir été élu meilleur joueur français dans la meilleure équipe tout en gagnant les play-offs. Et en fait, je me suis fait ‘voler’ le titre par un meneur Franco-portugais, qui joue pour l’équipe nationale du Portugal, Philippe Da Silva qui a fini la saison, il est vrai en double-double. MVP français alors qu’il joue pour le Portugal ! Ca c’est le coup de gueule que je pousse contre la LNB. Meilleur coach, c’est Pascal Donnadieu qui l’a eu, meilleur étranger c’est Nate Carter, ça aurait été beau si j’avais décroché cette distinction individuelle…”

 


Johan Passave-Ducteil

Johan Passave-Ducteil, est un joueur français de basket-ball. Il évolue au poste de pivot pour le club de Chalon Reims Basket

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