Mon parcours: 80% de travail, 20 % de chance – Partie 1/2

Johan Passave-Ducteil

À ses débuts et comme beaucoup de jeunes, le nouveau pivot de Châlons-Reims, Johan Passave-Ducteil a été animé par la passion du football, bien avant celle du basket. Il a commencé au CFFP à côté d’Orly (Val-de-Marne) avant de glisser, petit à petit, vers la balle orange.

“Mon parcours c’est 80% de travail et mes 20% de chances sont à prendre très au sérieux”.

Une passion première pour le football

“Par rapport au physique que j’ai actuellement, je n’avais pas du tout le même. J’aime bien donner des références. J’étais une sorte de Guillaume Hoarau (ancien attaquant du PSG, aujourd’hui aux Young Boyz de Berne en Suisse). Vraiment grand et sec. Et j’avais deux qualités pour moi : mon jeu de tête et ma frappe de balle. Le reste… j’étais un plot (rires). Ou même un Peter Crouch (ancien attaquant de Liverpool et d’Angleterre ). Vraiment le gars qui sert qu’à mettre des têtes.

Mon idole, c’était Ronaldo, le Brésilien, mais les passements de jambes, dribbler quatre joueurs c’était très très rare et quand ça arrivait c’est que l’équipe adverse était très très nulle.

J’étais déjà pivot au foot avant de l’être au basket. J’ai commencé attaquant puis, au fil du temps, j’ai glissé derrière pour finir défenseur central. C’est d’ailleurs ce qui a fait que j’ai vite compris qu’il fallait que je change de sport. On va pas se mentir. Je ne vais pas dire ‘c’est à cause d’une blessure’. On m’a très clairement dit que je n’étais pas assez bon. C’était assez brutal… C’est cruel quand j’y pense avec du recul. Tu fais centre de formation de U5 jusqu’à -15 ans pour qu’à la fin les recruteurs ne viennent pas… J’ai toujours eu cette passion. J’ai toujours eu la prétention de dire, je suis quelqu’un mais dans le monde du foot… je ne suis personne (rires).

Crédit Photo / Iconz X Laurie Top

Une arrivée poussive au basket

Cette passion, ce n’était pas ma première, c’est grâce à Malick et Wilfried (ses surveillants au collège Camille Claudel, dans le 13ème arrondissement de Paris) qui m’ont vraiment orienté vers le basket, parce que ce n’est vraiment pas quelque chose que j’avais en moi. Les seules notions que j’avais à l’époque, c’était un peu comme tout le monde : Michael Jordan et Space Jam… c’étaient mes références (rires).

J’avais entendu parler du basket français notamment par rapport au Limoges CSP parce qu’il avait gagné en 93, comme l’autre équipe qu’on ne veut pas citer (l’Olympique de Marseille). Le basket, j’ai appris à l’aimer. C’est venu au fur et à mesure. J’ai commencé par le basket de rue, les playground à Glacière C’est surtout comme ça que j’ai abordé le basket. Ç’a été d’abord une approche urbaine…

Ils ont vu que j’avais peut-être possibilité de faire quelque chose de par mon physique, même si, en terme de talent, je n’avais pas grand chose. J’étais juste grand et rapide. Mais ça permet d’avoir une qualité : prendre des rebonds. Une chose en amenant une autre, ils m’ont emmené au PSG basket racing (ancien club de Tony Parker). J’ai fait les détections là-bas et j’ai été pris.

Mais dans cette détection, à part courir sans m’arrêter, je n’ai rien fait. J’ai peut-être pris genre, 4-5 rebonds. J’avais pas de skills, j’avais rien. Au début, le basket ça me semblait facile, parce que physiquement, je tenais. Quand tu me donnais la balle, tu voyais bien qu’il n’y avait pas de bases. Le coach de l’époque Thierry Jardino, me dit ‘tu reviens demain’, puisque la détection se passait sur trois jours (de vendredi à dimanche) puisqu’on était beaucoup. Je suis revenu chaque jour jusqu’à dimanche. ‘Bon bah écoute, à partir de la semaine prochaine, tu viens’. C’était trois entraînements par semaine (lundi, mercredi et le vendredi pour les joueurs du centre de formation) avec les matches, le week-end. Sauf que moi je faisais pas partie du centre de formation, j’étais un joueur extérieur. Mais je faisais partie de l’équipe.

Je commençais en cadet région. Là, tu découvres ce que c’est que d’avoir des coéquipiers au basket et ce n’est pas la même ambiance qu’au foot. J’étais en centre de formation, donc on était tout le temps ensemble alors qu’au basket, j’avais ma vie en dehors donc les gars je les voyais qu’aux entraînements. C’est un truc à gérer, il faut se faire accepter. Ils sont beaucoup entre eux. Quand j’ai commencé le basket, j’avais 16 ans (né le 13 juillet 1985) donc je suis arrivé pour la fin de saison.

Le basket, ce n’était vraiment pas ma fibre. Je leur ai fait des plans à Malick et à Wilfried. Ils me donnaient rendez-vous, je ne venais pas. J’allais au stade Carpentier pour jouer au foot. Vraiment, quand on me tirait j’y allais. Et quand j’y étais, je me donnais à fond, car lorsque je commence quelque chose j’y vais toujours à fond.

C’est vrai que je n’avais pas encore cette passion. Mais j’aimais bien. J’avais besoin de faire du sport. Mon corps réclamait que je fasse du sport. Avant de totalement me mettre dans le basket, j’ai fait du hand. Je pense que j’aurais pu basculer dedans. J’ai fait du volley aussi mais des quatre sports que j’ai vraiment pratiqués c’est celui avec lequel j’ai eu le moins de feeling.

Quand j’ai commencé le basket en club, j’étais frustré car je faisais partie de l’équipe mais j’étais plus la mascotte. J’apprenais puis, à un moment, tu as un déclic et tu te dis ‘moi aussi je veux y être’. Comme au foot, tu veux être titulaire. Être remplaçant tu l’acceptes mais tu as envie d’être sur le terrain. Le problème c’est que pour être sur le terrain, il fallait être bon. À ce moment, je ne l’étais pas. Je voulais l’être donc je bossais. Je savais pas trop comment m’y prendre. C’est là que j’ai commencé à avoir plus d’intérêt pour le basket. Je me renseignais, que ce soit dans les magazines, à travers les matches NBA… À part Michael Jordan en global, j’ai jamais pris le temps de les regarder. Pour moi Canal, c’était pour le foot.

Crédit Photo / Iconz X Laurie Top

L’été décisif

Après ma fin de saison au centre de formation du Paris FC, je suis rentré. Ma mère était au courant de ma nouvelle passion, grâce à Malick et Wilfried, qui venaient souvent à la maison. J’arrivais dans ma dernière année pour choisir une colonie via l’AGOSPAP. Tu reçois ton catalogue, tu choisis ta colonie, et tu as le droit à cinq choix. J’ai mis tous les trucs possibles sauf la colonie de basket. Le truc foot, le truc moto… et ma mère en “loucedé” en cinquième choix, elle a mis Arles-sur-Tech (l’ancien camp de base de l’équipe de France de Basket). Mais bon, je me suis dit que j’avais déjà mis mes choix donc quoi qu’il arrive j’allais être pris dans l’une d’elles. Quand elle a reçu les lettres avec mes frères, elle me dit :  ‘Tiens, Jo tu as été pris dans ta colo… de basket’. En plus pour mes dernières colonies, elle me met une colonie de basket genre ça y est je suis un basketteur (rires).

Bref là ça devient très sérieux. Je me retrouve dans une colo où il y a des joueurs plus ou moins confirmés de club. Mais je commençais à être vraiment bon. Il s’avère qu’en étant très nul là où j’étais, dans cette colonie, bizarrement, je dominais un peu. D’autant plus que tu n’avais que ça à faire, du basket.

Le matin, c’est travail individuel, tu travaillais tes bases aussi avec du travail vidéo, de la lecture de jeu (tout ce qui te manque quand tu commences un sport) avec des animateurs qualifiés.

J’avais une autre approche. C’était une colo tranquille mais très sérieuse à la fois. À la fin de cette colo, c’était le all-star game. On prend les meilleurs joueurs de la colo face aux animateurs. On fait un match. Ce que je ne savais pas, c’est qu’à ce match là, il y avait des agents de joueurs. En fait, le directeur de la colonie est en association avec ces personnes-là. Parfois des agents passent pour voir s’ils peuvent recruter des pépites.

Je suis tombé sur des agents marseillais qui, à la fin du match, m’ont approché et m’ont dit ‘on pense que c’est possible de faire quelque chose avec toi, comme intégrer un centre de formation et pourquoi pas, éventuellement, devenir pro.’ Moi ça me fait sourire parce que je commence le basket, je suis nul, là où j’ai commencé, et que là on me parle d’être pro…

Par habitude liée au foot, des agents qui viennent comme ça tu en vois plein. Mais par contre, ce qu’ils avaient fait sérieusement c’est qu’ils avaient pris mon adresse. Avant de me quitter, ils m’ont dit, ‘on viendra sur Paris, on est très sérieux’. Donc je termine ma colo, je rentre. Le temps passe et arrive la fin août. J’étais au stade Carpentier, parce que le foot et mes potes me manquaient. Ma mère m’appelle, elle me dit de rentrer. ‘Il y a des gens qui sont à la maison qui sont venus te voir’. Je rentre et là je retrouve les deux agents marseillais : Olivier et Bruno Ruiz. Deux frères, deux anciens basketteurs, qui ont fait de bonnes carrières. Et ils étaient à la maison en train de se présenter à ma mère. Sauf qu’ils m’ont pas appelé, ils sont venus directement. Quand je rentre, je vois comment ma mère me regarde, c’était trop sérieux. Je m’assois à côté d’elle, ils m’expliquent : ‘Jo, c’est très sérieux, il va falloir que tu sois prêt parce que les centres de formation sont en train de boucler leurs recrutements donc il faudrait que tu sois prêt à partir’.

Crédit Photo / Iconz X Laurie Top

Partir ? Partir ?

‘Bah, oui puisque, nous, on est très sérieux, on veut te faire intégrer un centre de formation donc il falloir que tu partes de chez toi’. Mais c’est quelque chose que tu ne prévois pas. Dans la famille on est quatre avec mes deux petits frères. On était très bien. Je me souviens parce que c’était assez particulier comme moment. Avec ma mère, on est très soudés, on est tout le temps ensemble. Et j’avais pas envisagé cet aspect là. J’étais sur Paris, j’étais dans un club parisien. Mais ils avaient donné un argument assez pertinent à ma mère : ‘votre fils, là où il est, il va passer entre les mailles du filet parce qu’il y a trop de bons joueurs en région parisienne. Il faudrait qu’il soit prêt à pouvoir partir pour aller dans d’autres régions, parce que dans d’autres régions peut-être qu’il sera plus fort. Donc on sera amené à beaucoup le faire voyager’.  Ils ont pas “blagué” puisqu’ils ont tapé à la porte de beaucoup de centres de formation. J’ai pris que de portes : Strasbourg, Golbey Epinal… un peu partout que ce soit des équipes de Pro A ou Pro B.

Mes agents voulaient absolument que je joue dans ma catégorie (espoir) et en pro. Dans le but que je m’entraine avec des pros afin de poursuivre mon développement. Au niveau que j’avais à l’époque, c’était pas assez. Mais ils savaient qu’en faisant ça, j’allais combler. Du coup j’ai fait beaucoup de voyages, des entraînements, des détections… On me répète souvent la même chose : “A du potentiel mais pas assez fort”. Normal, en même temps, quand tu as un an de basket dans les jambes… Et à force de l’entendre, ça te pique un peu. Tu te déplaces, tu prends le train… Je suis allé à celui de Strasbourg et c’est celui qui m’a le plus marqué. Si j’avais dû me projeter, c’est celui que j’aurais choisi. Le CREPS était super, on avait trouvé un bon lycée. J’avais juste à y aller, j’ai commencé à me prendre au jeu. Ça s’est pas fait. Et au moment où je commençais un peu à abandonner, il y a une dernière opportunité qui est arrivée et c’est Saint-Etienne.”

 

Souvenirs, Souvenirs…par Johan Passave Ducteil – Episode 1

 

Souvenirs, Souvenirs…par Johan Passave Ducteil – Episode 2

A suivre…

Johan Passave-Ducteil Écrit par :

Johan Passave-Ducteil, est un joueur français de basket-ball. Il évolue au poste de pivot pour le club de Chalon Reims Basket