Pour la Famille – Ep 1

Football, Stories

 

Tony Vairelles

Pour Tony Vairelles, les deux choses les plus importantes dans sa vie sont la famille et le football. Dans cet ordre.

J’ai joué en équipe de France, oui. J’ai des origines Gitanes, oui. Si je suis le premier, je ne sais pas. Il y en a certainement eu avant.

Je n’ai jamais eu peur de mes origines, ce que je représentais ou de la vie que je menais. Je n’avais pas besoin d’être Gitan ou de vivre en caravane pour décider de vivre avec mes parents. Quand je suis parti de Nancy à Lens, j’ai pris mon petit frère avec moi. Je le considérais pratiquement comme mon fils car on a vingt ans d’écart. Quelque part c’est comme si je partais sans mes enfants. Mon petit frère dormait avec moi. Comme j’étais célibataire, je l’emmenais partout. A l’arbre de Noël du club, je lui ai payé le cadeau car il était offert aux enfants des joueurs et pas à leur petit frère (sourire). J’avais demandé au club s’il était possible de payer le cadeau et de le glisser sous le sapin avec tous les cadeaux. Mes deux derniers petits frères étaient comme mes fils. Je les emmenais partout et donc quand je suis parti à Lens c’était vraiment comme partir sans mes enfants.

Crédit Photo / Archives personnelles de Tony Vairelles

Mon père avait un boulot qui commençait à ne plus trop lui plaire. Je lui ai donc demandé s’il voulait partir. Les choses se sont faites d’un commun accord. Ils étaient bien contents de me suivre et moi aussi. Comme je n’avais pas de femme à l’époque ce qui rendait la chose plus simple aussi. C’est sans doute cela qui a fait qu’on a dit : « à bah oui, il est Gitan ».

Le “Clan”, je n’aime pas trop ce mot : clan. Souvent il est mal utilisé. On est unis, on est solidaires. Oui. Après cela ne veut pas dire que le clan est fermé.

Quand on s’est engagé dans le club de Gueugnon1, au moment de sa relégation en National, mon père a repris la présidence car le président de l’époque avait démissionné. Mes petits frères sont venus. Mon cousin était déjà là. Il avait signé avant même la reprise. L’entraîneur de l’équipe l’avait même nommé capitaine avant que je le devienne. Il ne devrait pas y avoir d’ambiguïté concernant mon cousin puisqu’il a été recruté avant la reprise du club.

Pour l’anecdote, si je l’avais recruté, il n’aurait pas touché le salaire qu’il a eu (rires). Déjà d’une, il ne m’aurait pas demandé ça et de deux, je ne lui aurais pas donné (rires).

Après c’était un des meilleurs joueurs qu’on avait cette année-là. Il n’y avait pas de discussion sur le terrain. Il était déjà largement au-dessus en L2. Et il prouvait sur le terrain tous les jours qu’il était largement au-dessus. Deux petits frères, c’est vrai que je les ai emmenés. Mais au rapport qualité –prix, on était bien. Mes deux frères et moi gagnions, à nous trois, un peu plus que la moitié du salaire de mon cousin ou de l’attaquant qui jouait devant avec moi. Et franchement, j’aurais pu me donner un salaire un peu plus conséquent si je l’avais voulu.

Je savais que mes frangins seraient à fond dans le projet avec moi et que je pouvais compter sur eux. Et qu’ils pourraient aussi me relayer sur le terrain. Et au départ, j’ai même mis un de mes frères en Division d’Honneur parce que je savais qu’il n’avait pas encore le niveau pour la National. Et l’autre avait 17 ans quand il est arrivé. Il avait vocation à être remplaçant dans un premier temps. Je savais qu’il avait beaucoup de qualités. Et certains entraîneurs de L2 ont reconnus qu’il avait des qualités. Après c’est devenu dans la tête des gens : tout le clan Vairelles.

 

On parle de ma famille mais en général vers qui tu te tournes quand ça va mal ? Qui te soutient quand tu en as besoin ? Quand tu vas dans les clubs amateurs, bien souvent ceux qui viennent donner les coups ce sont les parents des gamins qui jouent. Malheureusement des bénévoles, il y en a de moins en moins. Cela devient vraiment difficile d’en trouver s’ils n’ont pas un intérêt comme celui d’avoir un enfant dans le club. Comme quoi cela n’a rien à voir avec une logique de clan.

D’ailleurs, au départ j’ai fait la grosse erreur de vouloir travailler avec ceux qui étaient déjà en place. Un ami m’a dit, si tu reprends une société quelle qu’elle soit, le FC Gueugnon en était encore une quand je l’ai reprise, il faut que tu fasses table rase. Et moi, ce n’est pas ce que j’ai voulu faire parce que je fonctionne aux sentiments. Je ne me sentais pas de virer des personnes qui étaient là depuis longtemps. Mais j’aurais dû. Cela a été horrible. Car ce sont ces personnes qui m’ont mis le plus de bâtons dans les roues.

Au final, j’ai perdu beaucoup d’argent dans cette histoire. Je n’étais pas venu pour en gagner, loin de là. Après, cela avait vraiment été pour payer mes petits frères comme certains l’ont dit. J’aurais pris les 400 000 euros que j’ai mis dans le club et je les aurais payés pendant un bout de temps. Mais ce n’était pas le but. Le but était de redonné au football un peu de ce qu’il m’avait donné.

Il y a toujours une relation de causes à effets dans les galères qui t’arrivent. Maintenant, je pense qu’il ne faut pas se cacher derrière une discrimination ou quoi pour expliquer les choses. C’est sûr que les gens peuvent avoir des a priori qui vont accentuer les choses le jour où je joue moins bien. A Nancy et Lens, j’étais en pleine bourre. J’étais sur un nuage. Quand tout va bien, on te pardonne tout. On est prêt à te passer tous tes caprices. Et je ne suis pas quelqu’un de capricieux. Comme on me le dit souvent, je suis sans doute trop gentil. Le fait d’être trop gentil et de vouloir être trop droit et juste. Ça m’a joué des tours. Dans tous les milieux où il y a beaucoup, beaucoup d’argent, il y a forcément aussi beaucoup d’intérêts qui se croisent. Et moi, je voulais que tout soit droit, que les choses soient toujours faites dans les règles. Il était hors de question qu’on magouille sur un de mes transferts. Et comme mon père était mon agent, il était impossible de magouiller un de mes contrats ou de mes transferts. J’étais au courant de tout. Il aurait peut-être fallu que je prenne un agent quel qu’il soit, sans dire que tous les agents sont véreux. Il y a aussi des agents très honnêtes. Mais ils font partie du système et essaient d’avoir une part du gâteau. Si j’avais joué le jeu en fermant les yeux sur certaines choses sur un contrat ou un transfert, tout en restant moi correct parce que c’était ma règle de conduite, j’aurais peut-être eu des offres plus intéressantes que celles que j’ai eues. Même si j’ai eu des choses très intéressantes et je ne peux m’en prendre qu’à moi-même parce que je les ai refusées. J’ai eu la Juventus de Turin ou Dortmund. Après c’est la vie. C’est comme ça.

Crédit Photo / Archives personnelles de Tony Vairelles

La discrimination, c’est l’excuse que l’on va se donner certaines fois quand les choses ne se passent comme on le voudrait. Personnellement, je ne pense pas avoir été victime de discrimination liée à mes origines.

Le football est un milieu très fermé. Quand vous essayez d’être trop correct, trop droit et que vous l’affirmez, vous gênez. On se dit: « Il y a eu des choses, il n’a pas voulu tremper dans la magouille. Il va peut-être ouvrir sa bouche. » Donc à un moment donné, tu es un petit peu gênant. Même si mon but n’a jamais été de… Moi, je m’en foutais. Les gens font ce qu’ils veulent. Après, j’ai ma ligne de conduite mais je ne suis pas un justicier. Je n’ai pas d’auréole au-dessus de la tête. Les gens ont peur, ils se disent : « et si il vient à dire quelque chose, ça peut être dommageable. » Donc après, on trouve des excuses et c’est comme ça que j’ai entendu des trucs comme : « Si on prend Tony Vairelles, on prend toute sa famille. » Ce n’était pas faux. Mais je n’ai jamais demandé à ce qu’on prenne toute ma famille. C’est moi qui m’occupais de gérer les choses. Certaines fois dans les clubs, j’ai fait l’erreur de dire que je voulais que ma famille ne paie pas quand elle va au stade. Donc dans la négociation, plutôt que de négocier x milliers d’euros en plus, je négociais 10 places au stade. J’aurais mieux fait de négocier les x milliers d’euros qui représentaient les abonnements à l’année pour les payer moi-même. Parce qu’après, à cause de ça, on disait : « oui, mais bon, vous avez vu, ils sont 10 à ne pas payer au stade. » Alors que c’est dans la négociation de départ. C’était soit ça soit on me donnait l’argent en contrepartie. Si c’était à refaire, je ferais les choses différemment. Je négocierais mes salaires. Parce qu’à l’époque, j’aurais pu négocier un peu plus et ne pas parler de ma famille. Et puis payer moi-même. L’autre chose que je changerais c’est de ne peut-être pas médiatiser ma famille autant que je l’ai fait. Ça devait rester dans le cercle familial. C’était certainement mon tort.

Crédit Photo / Archives personnelles de Tony Vairelles

D’un autre côté les gens qui ont vu l’émission de Téléfoot me disent que « c’était super, c’était génial. On avait l’impression que c’était vrai. » Mais parce que c’était vrai. Les gens qui l’ont faite, cette émission, m’ont fait des retours comme quoi c’était une des émissions les plus sympas à faire. Et à regarder apparemment. Tout était réuni. Mais quand tu médiatises ta famille ou certaines personnes, tu les mets en danger et tu te mets en danger. Parce qu’après ça m’a collé à la peau. Et dans certains clubs quand on me proposait c’est qui ressortait. « Bah non, on ne prend pas Tony Vairelles parce qu’il faut prendre toute sa famille. » Après, j’ai des exemples en batterie de joueurs, qui venaient du Brésil ou d’ailleurs, qui viennent avec leur famille. Parce qu’ils veulent se sentir bien. Et être dans un cocon. Quand t’es joueur de foot, sportif de haut niveau ou que tu fais un travail crevant quel qu’il soit, tu as besoin d’être bien dans ta tête. Et qu’est-ce que tu fais pour être bien dans ta tête ? Tu t’entoures d’amis, de ta famille, de gens avec qui tu es bien.

Je suis parti une année en Belgique, pourtant ce n’est pas loin de la France, mais je me suis retrouvé seul. Et on n’est pas à l’autre bout de la planète en Chine ou au Brésil. Je partais toute la journée de 7h à 17h. C’était un peu à l’allemande : petit déj ensemble, entraînement, déjeuner, petite sieste dans les fauteuils et tu faisais l’entraînement de l’après-midi. Et ça, je ne l’avais jamais vécu. J’ai toujours connu un autre rythme avec un entraînement le matin. Je rentrais manger et je faisais ma sieste chez moi. Mon gamin avait 6 mois à l’époque. Ma femme ne m’a jamais rien dit. On était côté Flamand et elle ne parlait pas un mot de Flamand. Et c’était très, très compliqué. Alors qu’on n’était pas si loin que ça. Si à ce moment-là, j’avais eu toute ma famille, j’aurais été beaucoup mieux. Ma femme aurait été plus entourée par ma famille. Voilà, les gens font ça parce qu’ils veulent être bien pour être plus performants. Comme ça sur le terrain, tu ne penses pas à autre chose. Ce qui fait la force d’un footballeur, c’est de ne penser qu’au football. Moi, j’ai eu cette chance parce que mon père s’occupait de tout ce qui était administratif. Et je ne m’occupais de rien, ce qui me permettait d’être à 100% dans le football.

Crédit Photos / Archives personnelles de Tony Vairelles

J’avais un kiné qui disait : « Vous êtes des Formules 1. Faut que vous soyez réglé au millimètre. » Le moindre petit grain de sable dans ta tête ou dans tes jambes, petite blessure ou autre, ça enraye la machine et t’es marron. Faut que tu sois absolument performant. J’avais la chance d’avoir un gros physique. Et si en plus dans ma tête j’étais bien, c’était vraiment explosif.

A suivre….

1 Tony Vairelles a racheté le club du FC Gueugnon en 2009


Tony Vairelles

Tony Vairelles, est un ancien footballeur international français, qui a joué dans les clubs suivants : Nancy, RC Lens, OL, Bordeaux, Bastia.

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