Pour le Foot – Ep 2

Football, Stories
Tony Vairelles

Pour Tony Vairelles, les deux choses les plus importantes dans sa vie sont la famille et le football. Dans cet ordre. Après avoir évoqué l’importance de la famille dans la première partie : Premiere Partie ,il évoque ici son histoire avec le football.

Nancy-Lens, l’âge de l’insouciance.
J’ai commencé le foot à l’âge de 9 ans à Nancy. En 1982. En même temps que la Coupe du Monde qu’on a perdu en demi-finale. Je m’en rappellerai toujours parce que c’était ma première année en Poussins. On a participé un tournoi et il y avait des équipes Allemandes qui y participaient. En Finale, on en a affronté une. Et l’entraîneur de l’époque nous avait dit  : «  On va venger la France (rires).  » On venait de voir la demi-finale à Séville. Et sincèrement sur ce match-là, on a vengé la France. Ils avaient tous une tête de plus que nous, les divisions sont un peu différentes là-bas, on a fait match nul et on a gagné aux penalties. Mais on aurait marché sur la tête de tout le monde. On était vraiment des fous furieux. J’ai une photo de ce match-là, il pleuvait, il y avait de la boue, où on me voit complétement recouvert de boue de la tête au pied. J’ai plongé. J’ai mis la tête où personne n’aurait mis son pied.

Crédit Photo / Archives de Tony  Vairelles (Tony Vairelles, en haut , 3 ème en partant de la droite)

En 95, quand j’ai débuté en pro, j’avais 18 ans. Je n’avais aucune expérience. Je venais de DH 15 jours avant. J’ai fait un match de D3. Et boum l’entraîneur me prend, le match d’après, et me met titulaire en D1. Contre le PSG. C’était la grosse équipe à l’époque  : Ricardo, Ginola, Weah… Moi, on m’a mis là sans tout à fait me prévenir. J’étais totalement insouciant. Je pensais être dans les 13. Deux heures avant le coup d’envoi, on me dit que je suis dans le 11 titulaire. Je n’ai pas compris ce qui m’arrivait. J’ai joué avec toute mon insouciance, peut-être ma naïveté, mais surtout avec ma détermination et ma fougue. Et ça a amené quelque chose d’explosif. Les gars qui étaient dans l’équipe, les plus vieux, ce sont dits  : «  putain, c’est bien  ». D’un autre côté, ils ont tout fait pour m’aider. Ils ont été sympas avec moi. Comme des grands frères. Pour moi, une équipe de foot c’est comme une fratrie. Ça doit être comme ça. Aujourd’hui, on le ressent moins dans les équipes. Il y a beaucoup de choses qui rentrent en ligne de compte. Le foot est devenu beaucoup plus individualiste. Les joueurs veulent se montrer pour partir ailleurs. Avant on avait plus une culture de club. On restait plus longtemps dans les clubs. Avant d’être transférés, on restait 3 à 4 ans dans un club. On s’investissait beaucoup dans le club. Les joueurs ne cherchent plus ça maintenant. Ils peuvent rester 6 mois ou un an dans un club. La fibre club n’existe plus vraiment.

Crédit Photo / Droits réservés (Tony Vairelles, 3 ème au 1er rang)

Nancy, j’y ai passé quinze ans. J’ai commencé en D1 quand l’équipe était, malheureusement très, très mal. On avait 10 ou 12 points de retard. Et à l’époque, c’était les matches avec la victoire à 2 points. C’était beaucoup, beaucoup plus compliqué. Il y aurait eu la victoire à 3 points, on était sauvé. On avait gagné 12 ou 13 matches. Je ne sais plus. On avait une remontée spectaculaire en deuxième partie de saison. Sur cette période, on était européen selon le calcul des points. Mais on est descendu en D2. Après, j’ai fait 3 ans de D2 à Nancy. On a retrouvé la D1 et j’ai été recruté à Lens. Et j’ai eu la chance de gagner le titre de champion de France à Lens dans un club qui n’était pas promis à ce destin. Même si je pense que cette année-là, on l’a mérité parce qu’on a un super collectif. On est champion de France et l’année d’après on gagne la Coupe de la Ligue. Les deux seuls titres de Lens. Et ma personnalité collait bien avec les gens du Nord parce que je suis quelqu’un de naturel et de franc. Ils m’ont adopté. Comme j’ai gagné des trophées là-bas, beaucoup pensent que je suis né à Lens. Mais en vrai, je suis Nancéen (rires).

Crédit Photo / Archives personnelles de Tony Vairelles

Derby de Lorraine vs Derby du Rhône
Avec Metz, c’est une longue histoire. C’est mon équipe rivale depuis que je suis tout petit.  En Lorraine, c’était les deux gros clubs. Chaque fois qu’on allait en finale de la Coupe ou du Championnat de Lorraine, on trouvait Metz sur notre chemin. Et souvent en finale. Pour les supporters Nancéens c’était le match de l’année. Aujourd’hui encore à Nancy quand les deux équipes sont dans la même division, les deux seuls matches dans l’année à ne pas perdre ce sont ceux contre Metz. Après avec le temps, les joueurs de Metz, on les connaissait. On était pour notre club à nous. On se donnait à fond mais je n’ai connu aucune animosité avec les joueurs messins. Après sur le terrain… On aurait tout donné. A marcher sur la tête des gars en face. Les deux trophées qu’on gagne avec Lens, c’était contre Metz. Le Championnat, une course folle avec cette victoire à la dernière minute. Hyper excitant pour les deux équipes mais malheureusement pour eux le dénouement est heureux pour nous. Quand tu te mets à la place de Metz qui était en tête à 4-5 journées de la fin… On devait aller à Metz. Ils perdent le match contre nous. Et derrière, ils gagnent tous leurs matches. Nous, on fait pareil en sachant qu’un match nul nous suffit à Auxerre. Où on fait match nul. En voulant gagner jusqu’au bout. On égalise à 20 minutes de la fin et on a continué à chercher à gagner. Ce qui est complétement ahurissant. On aurait pu se dire que c’était bon, mais non. Au bout, on a la récompense du titre. Et l’année d’après, on se retrouve en finale de Coupe de la Ligue contre Metz…

Quand je joue ma première année en pro, il y a un match en retard Metz-Nancy. Reporté à cause de la neige. A la date initiale, je ne suis pas dans l’équipe. C’est au moment où je rentre dans l’équipe que le report est programmé. On va à Metz. On gagne 1 à 0. Et c’est moi qui marque le but à dix minutes de la fin. Le public de Metz a commencé à me haïr à un point extrême. J’ai commencé à les ennuyer à partir de ce moment-là. Et Nancy n’avait pas gagné à Metz 8 ans. L’histoire a commencé là. Et quand je suis arrivé à Lens. Je me souviens que le deuxième match de la saison était contre Metz. Et je me suis fait siffler, hué tout le long du match. Lionel Letizi, qui était le gardien Metz et qui était un de mes meilleurs amis dans le foot, après notre titre de Champions et la victoire en Coupe de la Ligue m’a dit  : «  mon père, il te hait, il te hait  » (rires). Je connaissais bien la famille et j’avais été au mariage de Lionel. C’était une longue histoire de rivalité mais saine. Même si je me faisais insulté et hué à Metz. Il n’y avait aucune animosité. Et le père de Lionel en voulait au joueur de foot mais pas à l’homme.

 

Les supporters entre eux parfois sont durs. Moi, en tant que joueur de foot, j’ai toujours essayé d’adoucir les choses. Parce que ça reste du sport. Et nous footballeurs, on doit montrer l’exemple. Si on commence à créer de l’animosité ou à mettre de l’huile sur le feu ça peut créer des choses très malsaines. Et on se doit nous d’adoucir les choses. Une fois quand je jouais à Lyon, un journaliste m’interviewe et me dit  : «  Tony, c’est le derby. Saint Etienne-Lyon. Qu’est-ce que tu penses des derbys  ?  » Je lui raconte que j’ai vécu des derbys Nancy Metz qui sont très chauds, des Lens-Lille qui le sont aussi. Donc je lui dis que je me doute que cela fait partie de la lignée des grands derbys très chauds. Le lendemain, je vais à l’entraînement et je vois une grosse banderole attachée à la main courante  : «  le derby OL-Chiens, ce n’est pas  Nancy-Metz  ». J’étais carrément visé. Je n’ai pas pu m’empêcher à la fin de l’entraînement d’aller les voir pour leur demander quel était leur problème. S’ils avaient un problème avec le derby Nancy-Metz. Et ils me répondent  :
«  – tu ne te rends pas compte de ce que tu dis. Que tu le compares avec Saint Etienne-OL…
– Et alors  ?  Qui vous dit que ce n’est pas aussi chaud  ? 
–  Ouais mais non, ce n’est pas possible. 
– Je me fous royalement de ce que vous pensez. Je respecte les supporters, je me battrai pour votre maillot parce que je joue à Lyon. Bien sûr que vous avez envie de gagner. Bien sûr que je me battrai. Je jouerai à fond comme pour les derbys Nancy-Metz. Je m’investirai autant que je m’investissais à Nancy. Ça veut dire quoi votre banderole  ? Vous êtes pas bien ou quoi  ?  »
Bien sûr, il y en a deux ou trois avec qui ce n’était pas la peine d’insister. Après les autres ont compris ce que je voulais dire. C’est des histoires où tu te dis… Moi, je ne cautionne pas ça. Je ne suis pas un état d’esprit à mettre de l’huile sur le feu. A chauffer les esprits. Je ne vais pas dire aller taper sur la gueule des stéphanois. Que vous ayez envie de gagner parce qu’il y a une rivalité, c’est normal. Mais voilà, il ne faut pas que ça devienne de la violence. Faut arrêter. C’est une forme de discrimination si on regarde bien. Qu’on parle de race ou d’origine, c’est pareil. C’est pas parce que tu es de Saint Etienne qu’on doit te taper sur la gueule. Ça, je trouve ça vraiment débile. Oui, en tant que supporter, tu encourages ton club. Que tu chambres les autres supporters et qu’à la limite tu les insultes parce qu’eux t’ont insulté mais faut que ça en reste là. Nous joueurs, on se doit d’adoucir les choses. Je me souviens des derbys entre Nancy et Metz, on envoyait sévère sur le terrain et après on allait boire des verres ensemble. Mais on savait que pour nos supporters, on allait se donner à fond.

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Attaquant/ défenseur le combat psychologique
Le foot d’il y a 20 ou 30 ans me fait penser au rugby d’aujourd’hui. On se rentrait dedans sur le terrain mais après on se serrait la main et on passait à autre chose. J’ai connu des matches avec des défenseurs vraiment durs. Par exemple à Metz un mec comme Albert Cartier, un défenseur que je respectais beaucoup, pendant tout le match il te rentrait dans la gueule mais jamais une insulte, jamais un mot plus haut que l’autre. J’en ai connu d’autres qui t’insultaient aussi. Mais quelque part quand on commence à m’insulter ou à essayer de me déstabiliser par la parole c’est que le joueur a peur. C’est qu’il me craint. Indirectement, tu prends du galon vis-à-vis de lui. Tu as réussi, toi, à le déstabiliser. Je m’amusais à ne pas répondre, à ne pas le regarder et à le laisser parler pendant dix minutes dans le vent. Il finissait par se lasser ou alors quand il commençait une phrase, je prenais le ballon et je partais avec. Le but était de lui montrer qu’il ne m’impressionnait pas du tout. J’avais eu la chance de jouer en DH contre des vieux roublards de 30 berges qui m’ont fait ça. Et comme un petit trou du cul que j’étais à l’époque, je répondais. Je rentrais dans la provocation. J’avais 16 ans, j’aurais pris une gifle je serais tombé par terre mais je répondais comme un petit coq. Je perdais mes moyens et dans le match j’étais nul. Et les mecs, je les voyais à la fin et ils me disaient  :  «  hey Gamin, qu’est-ce que tu vas faire  ? Tu courrais comme un lièvre. C’était le seul moyen de te déstabiliser.  » Sur le moment, tu restes sur le cul et tu ne peux même pas lui en vouloir parce que le mec a l’air super sympa. Et tu te dis qu’est-ce que j’ai été bête  : il m’a déstabilisé et c’est lui qui a gagné son match. Quand tu comprends ça, le match d’après tu te dis que tu ne tomberas pas dans le même panneau. Et le mec, tu ne le calcules plus et tu fais l’inverse. Et c’est lui qui se déstabilise tout seul en parlant. Il commence à se poser des questions et toi tu te dis c’est bon s’il m’insulte, c’est qu’il n’est pas sûr de lui.

J’ai toujours aimé écouter les autres et apprendre de tout ce qu’on me disait. Et même des supporters je n’ai jamais eu cette prétention, parce que je suis joueur pro, de me dire que j’en connais plus qu’un mec qui est amateur en DH. Parfois tu sors d’un match et il y a des gens qui peuvent te dire des petits trucs pertinents qui peuvent te servir. J’écoutais, je prenais ce que j’avais à prendre et le reste… Parfois, j’écoutais pour faire plaisir et je ne prenais pas mais je n’ai jamais été pédant. Parce que je n’ai pas d’a priori quels qu’ils soient. Bien sûr qu’il y a des profiteurs. Comme j‘ai un fond gentil, j’ai parfois été pris pour un con. Une fois. Deux fois parce que je donne une deuxième chance mais pas trois fois.

Pourquoi les Gitans ont ce sens de l’honneur  ? Parce qu’ils sont familles et tout ça. On ne trahit pas. On est solidaires. C’est cette notion de fratrie ou de clan. Cette notion de clan est souvent vue négativement. Mais il n’y a aucun mal à préférer son frère à quelqu’un que tu ne connais pas. Je donne sa chance à tout le monde mais, c’est vrai que je préfère mon frère, mon cousin ou mon ami à celui que je ne connais pas. Quand j’étais à Gueugnon, tout le monde était sur un pied d’égalité. Je n’ai pas donné plus sa chance à mon frère qu’à un autre. Bien sûr que j’avais mon mot à dire sur l’équipe. Si j’ai racheté un club c’est aussi pour avoir mon mot à dire sur l’équipe. J’ai donné sa chance à mon frère en toute légitimité. Je ne l’ai pas fait contre vents et marées. Peut-être qu’au départ, il a une chance de plus qui était celle d’être mon frère et c’est qui a fait que je lui ai donné sa chance mais je l’ai fait avec beaucoup d’autres personnes.

Crédit Photos / Archives personnelles de Tony Vairelles

L’OL, un rdv raté  ?
Dans la vie, je pense qu’il ne faut pas avoir de regrets. Sinon, tu peux en avoir tout le temps  : je n’ai pas choisi cette route. Il y avait des travaux sur celle-là. C’est comme ça. C’est la vie. Les choix que j’ai faits ont toujours été sportifs. Au moment d’aller à Lyon par exemple, j’avais Dortmund et le PSG qui étaient les deux clubs les plus intéressés. L’Allemagne, ce n’était pas un championnat qui me plaisait à l’époque. Ce n’était pas celui d’aujourd’hui. Paris, il y avait plusieurs choses qui pesaient dans la balance. Les Lensois n’aimaient pas trop les parisiens parce qu’ils ont eu des mauvaises aventures. Et tous les supporters que j’appréciais beaucoup me demandaient de ne pas aller à Paris. Au-delà de ça, si j’avais dû sportivement y aller, j’y serais allé. Lyon, je sentais que c’était un club en devenir. Ils jouaient le tour préliminaire de la Ligue des Champions. Paris ne jouait pas l’Europe. Et quand tu es footballeur, tu as envie de jouer les plus grandes compétitions donc je suis parti à Lyon pour ça. Pour moi, c’était la bonne destination. Après, le fait de vouloir être trop droit, trop clean, cela m’a joué des tours. Après quelques mois, le Directeur Sportif de l’époque, qui m’a fait beaucoup de problèmes par la suite dans le football, m’a appelé car on avait un gros souci suite à l’élimination face à Maribor en tour préliminaire de la Ligue des Champions. Des supporters avaient cassé les voitures des joueurs et voulaient nous mettre sur la gueule aussi. Donc il appelle chez moi sur le fixe et tombe sur mon père. Il lui dit  : «  On a un souci avec les supporters. Comme Tony est apprécié des supporters, est-ce qu’il pourrait venir à une réunion avec eux?  » Et moi, bonne poire j’y vais. Alors que je ne connaissais pas du tout les supporters. Je venais d’un public à Lens qui n’était pas du tout le même qu’à Lyon. J’arrive et il y avait Alain Caveglia, Greogry Coupet et le Directeur Sportif. En face, il y avait 5 ou 6 présidents de groupes de supporters. Et là, ils te refont le bilan complet et taillent un costard à tout le monde. L’Entraîneur, le Président, tout le monde en prend pour son grade. Les joueurs… Et je me dis merde personne ne leur dit quoique ce soit. Personne ne les contrarie. Au contraire, on les brosse dans le sens du poil. Je laisse parler tout le monde et à un moment donné, j’interviens  : «  Je n’arrive pas à comprendre le message que vous essayez de faire passer. On est tous déçus. Nous les premiers de ne pas nous être qualifiés.  » Le message qu’ils essayaient de faire passer c’est on est déçu de ne pas pouvoir nous déplacer dans les grands stades des clubs comme le Bayern ou le Barça. Ce n’était pas on est déçus pour l’équipe. Je leur dis  : «  Que vous soyez déçu, c’est tout à fait normal. Que vous nous en vouliez d’avoir perdu aussi. Que vous nous siffliez, que vous nous insultiez quand on est sur la pelouse, ok. Si on n’a pas été bons, on peut l’accepter. Mais que vous veniez ici pour une réunion et que vous remettiez tout le monde en cause, c’est autre chose.  » Ils allaient dans tous les sens  : lui doit rentrer à telle minute, lui nous a «  coûté  » 120M de francs et ne met pas un pied devant l’autre etc… Avec des insultes, bâtard et compagnie. A l’arrivée, je défends tout le monde. Le club, les joueurs, l’Entraîneur, tout le monde. Et tout me retombe sur la gueule parce que j’ai le courage de défendre les gens. Mais sur le moment, personne autour de la table ne me dit rien sur ce que je dis. Tant que j’étais pleine bourre, tout allait bien. Au sortir de la réunion, je sortais de 3 buts en 4 matches. J’étais applaudi par le public et tout. Des joueurs qui étaient en concurrence avec moi qui en ont profité pour remonter un peu plus les supporters en disant  : «  vous avez vu comment il vous a parlé…  » Comme ils étaient en concurrence avec moi, ça les arranger que les supporters me prennent en grippe. Cela arrangeait le club parce que les supporters ne prenaient que moi en grippe en disant que je leur parlais mal et que je les prenais pour de la merde. Sauf que je n’ai pris personne pour de la merde. J’ai juste remis les choses à leur juste place  : Vous nous sifflez, ok. Vous nous insultez dans les tribunes, ok. Mais rien ne légitime que vous veniez casser nos voitures, tout remettre en cause ou vous en prendre à nous physiquement. A l’arrivée, cette situation arrangeait tout le monde. Même le club. Parce que c’était Tony qui prenait.

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Voilà pourquoi aujourd’hui, j’ai l’image d’un joueur qui n’a pas été apprécié à Lyon. Mais je peux dire sincèrement que quand je vais à Lyon, ce qui m’arrive souvent en ce moment, les personnes que je croise sont hyper sympas avec moi. Jamais une personne n’est venue me voir de manière agressive. Après, sur les 5 ou 6 présidents de groupes de supporters présents à cette fameuse réunion, il y en a 5 qui ont compris mon message. Et il y en a un ce n’est pas qu’il n’a pas compris, c’est qu’il a compris ce qu’il avait envie de comprendre. Il se trouve que c’était le pote d’un joueur avec qui j’étais en concurrence. Il a remonté beaucoup de gens en transformant mes propos. Mon frangin aimait bien allait sur internet et je peux te dire que sur leur blog, je m’en prenais plein la tête. Jamais un qui n’est venu en face me le dire.
Pour l’anecdote, un match après mes prêts à Bastia et Bordeaux. Je joue et je marque un but, je crois que c’était contre Bordeaux, je crois que je marque le deuxième ou troisième but. Je me dirige vers le Kop. Et là, je me fais siffler par les Ultras. Toute la tribune latérale de Gerland s’est mise à scander mon nom au point de couvrir les sifflets. Et ça, ça m’a fait énormément plaisir. Ils voulaient sans doute leur dire  :  «  arrêtez vos conneries. C’est un joueur de notre club, il marque un but et vous le sifflez  ?  ». Je pense que globalement les gens ont apprécié ce que j’ai fait à Lyon même si ce ne sont pas mes meilleures années mais j’ai fait quelques trucs sympas. La première année, ça ne se passe pas trop mal. Après, les choses ont été un peu plus compliquées avec l’entraîneur mis en place.

La vie de Tony Vairelles aujourd’hui.
Je vis à Bordeaux. C’est une ville où il fait bon vivre. Quand je suis revenu dans la région, c’était pour réparer et vendre une maison que j’avais achetée lors de mon passage aux Girondins. Elle était très mal louée.
Je voulais partir de Nancy. Suite à cette affaire mon petit garçon a beaucoup souffert de ce qu’on a raconté autour. Les personnes qui souffrent le plus quand on raconte des conneries sur une personne, ce sont souvent celle de l’entourage et pas elle. C’est très compliqué des fois. Même si l’école, où il était à Nancy, a super bien réagi. Je voulais partir pour le mettre dans un autre environnement pour qu’il soit bien et qu’on reparte à zéro entre guillemets.

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Quand on est arrivé à Bordeaux, le but était de rester quelques mois au maximum une ou deux années avant de repartir dans le Sud trouver le soleil. Et finalement, on est resté parce qu’on s’est bien plu. Mon fils a commencé à jouer au rugby. Il ne connaissait pas avant d’arriver. Moi non plus. Et les valeurs du rugby me font vraiment penser aux valeurs du foot il y a 30 ans. J’adore ça, ça me colle à la peau. Et en plus, on ne le comparera jamais à son père. Même si on est un peu «  rivaux  » entre foot et rugby, j’aime vraiment ce que ce sport peut véhiculer.

Après, aujourd’hui, j’ai un très gros projet. Très excitant. C’est un concept que j’ai en tête depuis plus de dix ans. C’est une forme de téléréalité où on donnerait une nouvelle chance aux joueurs qui sont sortis du monde professionnel après ne pas avoir été retenus à l’issu de leur formation ou même pour ceux qui ne sont jamais allés en centre de formation. On irait dans différentes villes et les joueurs auraient toute une série de tests techniques ou physiques à effectuer devant un jury. On va essayer de transmettre l’état d’esprit et les valeurs que j’aimais moi dans le foot à l’époque. Il y aura une équipe garçons et une équipe filles. Chacun aura sa chance. Même ceux qui ne sont pas passés par un club pro. Celui qui n’a jamais eu de licence de sa vie pourra participer s’il veut et peut-être avoir une chance de réaliser son rêve de devenir pro. Parce qu’il faut savoir que devenir pro ça ne se fait pas comme ça. C’est très compliqué. Même en trouvant le meilleur amateur français, il est possible qu’il n’y arrive pas. Parce que ce n’est pas si facile le foot et le milieu professionnel. Tout ça permettrait de redorer un peu le blason du foot. Parce que quand un sport est tellement populaire et qu’il brasse des milliards, il finit par être perverti. Mais je pense que le sport en lui-même reste noble. Il faut qu’il retrouve ses lettres de noblesses. Et ça fait longtemps que j’ai ça en tête. Je suis en train de le mener à bien. Je voudrais que mon affaire soit terminée pour pouvoir repartir à zéro.

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Dire  :  «  j’ai prouvé mon innocence, maintenant je peux repartir sur quelque chose qui me tient à cœur.  » Vu que cette histoire dure depuis des années et des années, je ne peux pas non plus attendre d’avoir 80 piges pour le faire. Alors voilà, je suis reparti dans ce projet-là et je vois que ça commence à bien prendre. Ça risque d’être un concept qui a mon avis risque de pas mal marcher. L’affaire reste une épée de Damoclès au-dessus de ma tête. J’ai raté beaucoup de bonnes opportunités à cause de ça. Je le sais. Entraîner avec des clubs pros ou d’autres opportunités de travail intéressantes. Je reconnais que j’en ai un peu marre. Je comprends que la justice ça prend du temps. Il y a sans doute des affaires plus importantes que la mienne. Mais nous avec mes frères, ça fait 7 ans. Ça commence à faire lourd. Même si on respecte la justice et le temps que cela prend, il y a un moment où on aimerait que ça se termine. On sait ce qu’on a fait et surtout ce qu’on n’a pas fait. On aimerait que ça aboutisse pour pouvoir repartir sur une page blanche.

Au bout d’un an ou deux à Bordeaux, le patron de la chaîne des Girondins m’a appelé pour me proposer de travailler avec eux. J’ai tout de suite dit oui. A l’époque, je n’avais pas non plus des milliers de projets. Même si j’en avais plein dans la tête mais j’étais plus dans l’optique de me dire qu’il faut que cette histoire soit finie pour passer à autre chose. Et je me suis rendu compte que cela prenait plus de temps que ce que je pensais. C’est un vrai plaisir de travailler au quotidien avec cette équipe qui est vraiment formidable. Ça me permet de rester en contact avec le foot aussi. Je suis content de voir, que même si le milieu du foot est un peu perverti, qu’il reste des joueurs avec des valeurs. Quoiqu’on en pense. Mais c’est compliqué aussi pour eux. Les choses sont tellement médiatisées aujourd’hui qu’ils n’osent plus parler. Ils ne savent plus à qui faire confiance avec tous ces médias. Nous n’avions pas autant de médias à notre époque. On connaissait les pourris. Ceux qui allaient te faire un article qui ne retranscrivait pas ce que tu avais dit ou qui allaient tronquer quelques phrases pour dire ce qu’ils voulaient. Aujourd’hui, il y en a tellement que c’est impossible de connaître tout le monde.

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Le fait de passer du côté des médias m’a fait évoluer. On évolue toujours. Parfois dans la vie tu as des a priori à cause d’expériences malheureuses. Quand tu passes du côté des médias, tu vois les choses de manière très différente. Quand certains ne veulent pas répondre, tu te dis que ça fait partie du job. Je me demande si quand j’étais joueur en activité j’ai déjà refusé une interview. Aujourd’hui ce qui est dommage c’est quand les joueurs refusent de venir parler au micro quand ils ont perdu. Si tu ne vas parler que quand tu as gagné ou marqué, c’est facile. Faut aussi assumer quand tu as perdu qu’on te pose des petites colles. Qu’on va te titiller un peu. Il faut assumer. Mais il ne faut pas oublier que nous étions beaucoup, beaucoup moins solliciter à mon époque.

FIN


Tony Vairelles

Tony Vairelles, est un ancien footballeur international français, qui a joué dans les clubs suivants : Nancy, RC Lens, OL, Bordeaux, Bastia.

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