Sarah Ourahmoune

Boxe

Sarah Ouramoune est une femme occupée. Tout juste revenue des Etats-Unis, la vice-championne olympique des Jeux de Rio (2016) attaque un après-midi marathon pour rencontrer des médias. Différents points presse intercalés dans son agenda bien chargé pour raconter son parcours et ses projets actuels.

Palmarès :

  • Vice-championne Olympique, aux JO de Rio (2016)

  • Championne du monde (2008)

  • Double médaillée aux Championnats d’Europe (2007 et 2011)

  • 10 fois championne de France

« Le vestiaire des femmes sent aussi fort que celui des hommes. Il sent le camphre, l’huile de massage, la transpiration et, surtout, l’effort. »

Iconz : Sarah Ouramoune, vous êtes une femme très occupée…

Sarah Ouramoune : En effet ! Entre mes activités professionnelles à la salle, celle de conférencière, mes responsabilités en tant que vice présidente du CNOSF en charge des diversités, ma participation au conseil d’administration au COJO 2024 et, bien entendu, celles de ma vie de femme et mère de famille, mes journées sont bin occupées !

I : Comment êtes-vous arrivée à la boxe ?

S.O. : J’ai commencé très jeune, après être passée par le taekwondo, à une époque où la boxe n’accueillait pas les femmes. C’est suite à un déménagement, ne trouvant pas de club de taekwondo dans mon quartier que j’ai poussé, pour la première fois, les portes d’un club de boxe. D’abord par curiosité, car un sport où seules les mains sont utilisée, ça ne m’intéressait pas vraiment.

Mais, celui qui deviendra mon premier entraineur, m’a convaincue de faire un essai. Et je suis rapidement tombée amoureuse de ce sport.

Ça n’a pas été une chose aisée que de faire comprendre à mon entourage qu’une passion était née et qu’elle était à pour durer. Au début, ma mère clairement réfractaire allait régulièrement à la salle pour voir mon coach et lui demander de me chasser. D’ailleurs, pour me dissuader de faire de la boxe, elle m’a fait voir tous les Rocky puis m’a demandé si c’était à ça que je voulais ressembler (Rire). Mon père pensait que les difficultés seraient telles que j’abandonnerais relativement rapidement. Quant à mon frère, qui avait pratiqué, il pensait comme beaucoup de personnes à l’époque, que ma place n’était pas sur un ring.

Pour remettre en contexte, il faut se rappeler que la boxe féminine n’a été autorisée qu’à partir de 1999. Avant, pratiquement aucune salle n’acceptait de femmes, qui d’ailleurs, ne pouvaient même pas prendre une licence !

Crédit Photo / Iconz Média

I : Comment étaient ces années ?

S.O. : Ces années n’étaient pas simples, car le regard des autres pouvait être pesant. Mais la relation que j’avais avec mon sport, les formidables valeurs de ténacité, de discipline, de dépassement de soi m’ont poussée à croire en moi. Et, petit à petit, à construire mon rêve olympique.

La pratique était également assez rudimentaire car il n’y avait pas ou peu de soutien de la fédération, pas de sponsors… Même à l’entrainement c’était difficile car, par exemple, il était difficile de trouver de l’opposition car il y avait peu de femmes et il n’était pas question de faire des combats mixtes.

La boxe m’a permis de me construire te de me donner une ligne de conduite. Et de devenir la femme que je suis aujourd’hui. Et c’est ce que j’essaie de transmettre ! Quand je me présente face un auditoire pour une conférence, je retrouve certaine similitude avec un combat de boxe. D’abord, je me suis préparée, en m’adaptant aux personnes que j’aurai en face. Puis, une fois sur ce semblant de ring, je dois convaincre mes interlocuteurs et les acquérir à ma cause. Mes interlocuteurs ne sont pas des adversaires, mais plutôt la table d’arbitrage que je dois convaincre.

I : Les choses ont un peu évolué…

S.O. : Dès le début, on m’avait prévenue que tant que la boxe féminine ne serait pas un sport olympique, les choses resteraient telles quelles. Une pratique difficile et sans moyen. Avec un un côté prolétaire. Pourtant, dans d’autres pays, comme au Canada, par exemple, la boxe féminine était déjà un phénomène, sinon de masse, du moins populaire.

C’est pourquoi, quand la boxe féminine est devenue olympique, pour les Jeux de Londres 2012, la France partait déjà avec du retard. Et certaines nations telles que la Grande-Bretagne et la Chine ont mis énormément de moyens pour développer ce sport. Entre autres, parce qu’étant une discipline olympique nouvelle, c’était une option sérieuse de « faire des médailles » et gagner des places au tableau mondial des médailles.

La boxe féminine est encore entourée de préjugés. Par exemple, les combats des femmes comptent 4 rounds de 2 minutes, contre 3 X 3 pour les hommes. Mais les choses vont dans le bon sens. La discipline, en tant que sport olympique, n’en est qu’à ses balbutiements.

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I : Malgré toutes les belles valeurs qu’elle véhicule, la boxe est pourtant un sport assez sulfureux. Que ce soit lors de décisions pour le moins contestables, Alexis Vastine en est un exemple flagrant, mais votre finale aux JO de Rio ne l’est pas moins, ou à cause de ses dirigeants. Comment aborder une compétition dans ce cas-là ?

S.O. : On ne peut pas nier l’évident. La boxe est entachée de combines montées pour faire gagner tel ou tel combattant, voire tel ou tel pays. Et, malheureusement, on ne peut pas grand-chose contre cet état de fait. Dans mon cas, la seule solution était de laisser le moins de choix possible aux arbitres en surpassant mon adversaire. En ayant nettement plus de touches avec une stratégie plus agressive, je réduisais les chances de me faire voler une victoire.

Sur ce format de combats qui ressemble plutôt à un sprint, on ne peut pas vraiment compter sur un KO. Il y a trop peu de temps pour mettre en place une stratégie dans ce sens. D’ailleurs, les quelques fois où cela arrive, c’est plutôt une surprise.

Ce qui est dommage, c’est que ce type de vol arrive à tous les niveaux. Et c’est un phénomène qui peut dégoûter certaines pratiquantes.

I : Est-ce la raison pour laquelle vous entrainez en « boxe loisir », plutôt qu’en compétition ?

S.O. : C’est une des motivations. Mais, la principale, c’est que je veux que ce sport reste un plaisir. Et qu’il soit accessible à tous. C’est pour ça que dans ma salle Boxer Inside, nous organisons, entre autres, des cours mixtes, des cours dédiés au femme avec une garderie ou que je souhaite organiser des entrainements pour les jeunes en décrochage scolaire… Aujourd’hui, j’entraine également une personne en fauteuil !

Pour être honnête, si mes filles, qui grandissent dans le milieu de la boxe, souhaitent, plus tard, se lancer dans la boxe à haut niveau, je serai obligée de les sensibiliser à cette réalité. Que même le meilleur sur le ring ne sera pas toujours celui qui gagne. Et que ça fait malheureusement partie des règles du jeu, tant que les règles n’évolueront pas.

I : Est-ce pour vous un besoin d’associer cette dimension sociale à votre offre ?

S.O. : La boxe véhicule des valeurs fortes et universelles. Je souhaite donc que celles-ci puissent être assimilées par tous ses pratiquants et que les pratiquants soient originaires des horizons les plus divers. Que les frontières, qu’elles soient sociales ou physiques soient abattues.

C’est pour ça que je suis allée récemment aux Etats-Unis pour m’imprégner de ce qui s’y fait. Là-bas, la boxe est vue comme un moyen de ramener les jeunes en difficulté dans le droit chemin, par exemple. Et la boxe féminine est aussi très populaire, avec des combats qui attirent plus de spectateurs que ceux des hommes. J’y ai beaucoup appris et de ces échanges naitront bientôt de nouvelles choses intéressantes.

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I : La FFB a récemment annoncé la création de la Ligue de boxe professionnelle, avec à sa tête Arnaurd Romera. Qu’en pensez-vous ?

S.O. : Je suis peu la boxe professionnelle. D’ailleurs, depuis que j’ai arrêté de pratiquera boxe, je regarde très peu de combats et je n’ai clairement pas l’envie d’évoluer dans le milieu pro. Je suis plus dans la transmission des valeurs positive de mon sport. Mais, c’est une bonne chose de structurer la boxe pro, notamment pour ceux qu’on pourrait appeler les “petits“ boxeurs, ceux qui n’ont pas remporté de médaille olympique, par exemple. Ceux qui ont moins de médiatisation et donc moins de moyens. Arnaud Romera suis la boxe depuis très longtemps et a, je pense ,beaucoup de choses à apporter. C’est une personne intègre qui fera vraisemblablement du bien.


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